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Les eurodéputés agitent la menace d'un boycott

Olivier le Bussy

Mis en ligne le 11/04/2008

Ils ont voté une résolution invitant les leaders européens à prendre une position commune à ce propos.

Iront ? Iront pas ? Plusieurs chefs d'Etat ou de gouvernement de l'Union ont officiellement indiqué qu'ils pratiqueraient la politique de la chaise vide lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Pékin pour protester contre le refus chinois de dialoguer avec le Dalaï Lama, chef spirituel des bouddhistes tibétains (lire ci-dessus); d'autres n'ont pas encore arrêté leur décision.

De son côté, le Parlement européen s'est prononcé, jeudi à Bruxelles, sur une résolution condamnant "la brutale répression des manifestants tibétains par les autorités chinoises et tous les actes de violence, quelle que soit leur origine".

Les eurodéputés réclament également la libération de "tous ceux qui ont manifesté pacifiquement [...] et qui n'ont fait qu'exercer leur droit légitime à la liberté d'expression" ainsi que celle du dissident Hu Jia, récemment condamné à trois ans et demi pour subversion.

Mais surtout, les parlementaires européens ont demandé à la présidence slovène de l'UE d'élaborer une position européenne commune sur la présence ou non de dirigeants de l'Union lors de la cérémonie inaugurale des Jeux olympiques. Ils estiment que les leaders européens ne doivent pas exclure de boycotter les Jeux si les autorités chinoises persistent dans leur refus de dialoguer avec le Dalaï Lama pour dégager une "solution durable pour l'autonomie culturelle et politique du Tibet".

Pour le chef de file des Libéraux au Parlement, le Britannique Graham Watson, il ne s'agirait ni plus ni moins que de "lancer un ultimatum aux autorités chinoises" d'ici à la cérémonie du 8 août. Les Etats membres feront ce qu'ils voudront de cette résolution non contraignante, même si le vote du Parlement pourrait exercer une influence, alors que l'opinion publique européenne pousse les gouvernements à adopter une attitude plus ferme face à la Chine.

"Une résolution hypocrite"

Bien que votée à une très large majorité (580 voix pour, 24 contre et 20 abstentions), le texte de la résolution n'a pas l'heur de convenir à tous les eurodéputés. Le Roumain Adrian Severin (Parti socialiste européen) ne s'est pas privé de contester la pertinence d'une résolution qu'il juge "hypocrite, partiale et irresponsable".

L'ancien chef de la diplomatie roumaine reconnaît aux Européens et à la communauté internationale "le droit de demander aux autorités chinoises de respecter les droits de l'homme, mais pas celui de leur dire comment ils doivent gérer et organiser leur territoire. La résolution réclame un nouveau statut pour le Tibet, qui est opposé au principe d'une Chine unique, soutenu par les Nations unies et l'Union européenne. C'est incompréhensible", s'emporte Adrian Severin.

Le texte, affirme-t-il, abuse de la notion de droits humains et l'utilise à des fins politiciennes, déplore Adrian Severin. Qui soutient qu'en condamnant la Chine et en lui faisant la leçon, l'UE "diminue sa capacité à maintenir un dialogue efficace sur la question des droits de l'homme" avec Pékin . L'eurodéputé moque l'appel au boycott adressé aux leaders européens. "Ce ne sont pas les hommes politiques qui donnent du glamour aux Jeux olympiques, mais les Jeux qui permettent à ces mêmes politiques de se mettre en valeur."

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