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Jeux Olympiques
Guerre des nerfs à Pékin
Philippe Paquet
Mis en ligne le 11/04/2008
La tension est encore montée d'un cran, jeudi, dans la controverse entourant les Jeux olympiques de Pékin. De façon tout à fait inhabituelle, le président du Comité international olympique (CIO), Jacques Rogge, a publiquement prié les autorités chinoises de tenir "l'engagement moral" pris en 2001, lors de l'attribution des JO à leur pays, pour "faire avancer la question sociale, notamment les droits de l'homme", en Chine.
La réplique de Pékin ne s'est pas fait attendre. "J e crois que les responsables du CIO soutiennent les Jeux olympiques et adhèrent à la Charte olympique (qui prescrit de) ne pas faire intervenir des facteurs politiques inopportuns", a indiqué la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Jiang Yu.
S'il a reconnu que le mouvement olympique "traversait une crise", Jacques Rogge a voulu la minimiser en assurant que le CIO en avait connu de plus graves et qu'il allait rebondir. "Il nous reste 120 jours (jusqu'aux Jeux) et je suis sûr que ce sera un succès", a-t-il souligné.
Un doute grandissant s'insinue néanmoins. Si le passage de la flamme olympique à San Francisco, mercredi, n'a pas été entaché d'incidents graves comme à Paris, c'est au prix de mesures d'urgence qui ont fait sombrer l'exercice dans le ridicule, la flamme disparaissant longuement des yeux du public pour réapparaître là où il n'y avait plus personne pour la saluer (ou la conspuer). "Cela n'a pas été la fête heureuse que nous avions souhaitée", a bien dû admettre M. Rogge.
Il risque d'en être ainsi lors des prochaines étapes. Des manifestations étaient en cours à Buenos Aires, où la torche doit circuler ce vendredi, et un itinéraire revu à la baisse est d'ores et déjà envisagé à Hong Kong, la première ville chinoise où la flamme arrivera le 2 mai, révélait jeudi le quotidien "South China Morning Post". En annonçant qu'il assurerait seul l'ordre public à Canberra, le gouvernement australien se prépare sans doute à des frictions avec l'unité paramilitaire chinoise - très décriée pour sa prestation musclée à Londres et à Paris - qui accompagne la flamme sur tout son parcours.
Dans les milieux sportifs, on commence à redouter que les Jeux ne se déroulent pas dans l'atmosphère sereine que requiert une telle compétition. Certains athlètes craignent même pour leur sécurité, même s'il est a priori très peu probable qu'ils soient directement exposés à des actes de violence.
La Chine ne contribue, certes, pas à apaiser de telles inquiétudes. En déclarant avoir déjoué un complot au Xinjiang, où des terroristes projetaient, selon elles, d'organiser des attentats suicides et d'enlever des athlètes ou des touristes, les autorités entendent clouer au pilori ceux qui ne veulent que du mal à la Chine, au mouvement olympique et aux amateurs de sports. Ce faisant, elle agite, toutefois, des épouvantails susceptibles de créer une fâcheuse impression d'insécurité.
Louise Arbour indésirable
Le gouvernement chinois ne fait pas davantage d'efforts pour contredire ses détracteurs. Il a repoussé une demande de Louise Arbour, haut-commissaire de l'Onu pour les droits de l'homme, qui souhaitait se rendre au Tibet, en estimant qu'il ne serait pas "pratique" d'organiser une telle visite pour le moment. Cela au moment précis où sept experts des Nations unies font part, dans un communiqué commun, de la "profonde inquiétude" que leur inspirent les informations en leur possession sur la répression au Tibet.
En réclamant l'ouverture du Tibet aux journalistes et aux observateurs indépendants, ces experts épinglent notamment l'arrestation, les seuls 28 et 29 mars, de 570 moines dont des enfants.
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Le Tibet ne rouvrira pas le 1er mai
Les autorités de la région autonome du Tibet ont invoqué jeudi le risque de manifestations lors du passage de la flamme olympique sur le mont Everest et au Tibet pour renoncer soudainement à la réouverture de la région aux touristes étrangers, qui avait été fixée, la semaine dernière, au 1er mai. La région est interdite d'accès depuis les émeutes de la mi-mars à Lhassa, la capitale tibétaine. Seuls un groupe de journalistes et un autre de diplomates y ont été admis depuis, sous bonne escorte.
Des voyagistes ont déclaré avoir reçu des instructions orales du Bureau du tourisme tibétain, cette semaine, leur ordonnant de suspendre l'organisation de voyages pour des étrangers. Les responsables auraient mis en avant la nécessité d'assurer la sécurité du relais olympique jusqu'au sommet de l'Everest et la persistance de menaces sur la sécurité à Lhassa. Au Bureau du tourisme tibétain, un homme ayant requis l'anonymat a confirmé à l'agence Associated Press, par téléphone, le report de la réouverture du Tibet.
Pour prévenir toute perturbation, la Chine a déjà interdit aux alpinistes d'escalader la face nord de l'Everest, qui se trouve sur la frontière sino-népalaise, entre mars et juin. Elle a persuadé le Népal de faire de même sur le versant sud de la montagne. Le petit royaume, qui perdra dans l'aventure les revenus qu'il tire de cette exploitation touristique, n'a accepté que contraint et forcé, après avoir d'abord annoncé que l'Everest resterait accessible.
La flamme olympique doit arriver en Chine continentale début mai et traverser des dizaines de ville chinoises, dont Lhassa à la mi-juin. Un relais parallèle amènera une seconde flamme au sommet de l'Everest au début mai, à une date qui dépendra notamment des conditions météorologiques. (D'après AP)
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