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Chine
Les Chinois veulent passer en force
Philippe Paquet
Mis en ligne le 11/04/2008
Sur fond de dialogue de sourds avec leurs détracteurs, les autorités chinoises ont fait savoir au Comité international olympique (CIO), vendredi, qu'elles allaient renforcer la sécurité sur le parcours que doit encore emprunter la flamme olympique avant de retourner en Chine le mois prochain - elle est ce week-end en Tanzanie, avant de gagner le sultanat d'Oman et l'Asie.
"Le comité organisateur des Jeux de Pékin a souligné devant nous qu'il a pris toutes les mesures pour qu'il n'y ait aucun risque et, s'il y en a un, il sera limité", a déclaré la porte-parole du CIO, Giselle Davies. "Cela nous convient et nous sommes confiants", a-t-elle ajouté, en indiquant qu'il importait pour le CIO de s'assurer que la partie chinoise a "le contrôle de la situation".
Ce sont quelque 6 000 policiers et agents de sécurité qui avaient été mobilisés vendredi à Buenos Aires pour la seule apparition de la flamme olympique en Amérique du Sud. Tout en excluant de vouloir s'en prendre directement à la torche, diverses organisations de défense du Tibet ou des droits de l'homme avait promis des "actions surprises". Une menace suffisante pour agiter le spectre d'une répétition du cauchemar vécu à Londres, Paris et San Francisco.
Les autorités chinoises et olympiques ne sont assurément pas au bout de leurs peines. S'il est question de renforcer la sécurité, la façon d'y parvenir fait débat. Après l'Australie, c'est le Japon qui, par la voix du chef de la sécurité publique, Shinya Izumi, a refusé la présence de l'unité paramilitaire chinoise qui encadre le transport de la flamme - celle-ci fera arrêt à Nagano, où se tinrent les Jeux d'hiver en 1998.
Ces gardes du corps, vêtus d'un training bleu et blanc, ont défrayé la chronique à cause de leurs méthodes brutales (voir ci-dessous). A Londres déjà, le président du Comité organisateur des Jeux de 2012, Sebastian Coe, les avait éloquemment traités de 'voyous". Toutefois, le défilé de la flamme est normalement sous la responsabilité du pays hôte des Jeux et on peut donc s'attendre à un conflit d'autorité.
Un honneur bafoué
Or le climat n'est nullement à l'apaisement. Après que le président du CIO, Jacques Rogge, eut rappelé jeudi "l'engagement moral" de la Chine à progresser dans le respect des droits de l'homme, les dirigeants chinois se drapent dans un honneur bafoué, avec le soutien d'une large frange de la population si l'on en juge par les opinions exprimées sur les forums de discussion sur Internet, étroitement surveillés, il est vrai, par le régime.
Tout en rappelant les progrès accomplis en trente ans de "politique d'ouverture" (élévation du niveau de vie, éradication de la pauvreté, accroissement de l'espace de liberté individuelle à défaut de démocratisation...), le gouvernement chinois accuse Européens et Américains de chercher, sous couvert de droits de l'homme, à saboter un événement planétaire qui doit consacrer l'émergence de la Chine parmi les grandes puissances du monde.
Il ne faut pas de grands efforts à la propagande officielle pour convaincre une majorité de Chinois de voir, dans ces manoeuvres occidentales, une nouvelle manifestation de l'impérialisme, voire du racisme, de jadis. Pour accréditer cette vision, le régime dispose même d'une héroïne, omniprésente désormais dans les médias chinois : Jin Jing, la sportive handicapée qu'on avait vue à Paris s'efforçant de garder la torche olympique hors de portée d'une foule de manifestants.
Seule note positive dans ce contexte, la rencontre historique prévue ce samedi entre le président chinois Hu Jintao et le futur vice-président taïwanais Vincent Siew. Pékin peut ainsi au moins écarter le péril d'un coup de forces indépendantistes à Taiwan.
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