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Congo/Belgique
"La Chine a renouvelé l'intérêt des Occidentaux"
Véronique Leblanc
Mis en ligne le 23/04/2008
La Chine est un pays pragmatique, si on lui parle de manière convaincante, elle écoute", déclare Ana Maria Gomès. Cette eurodéputée socialiste portugaise a donc décidé de faire le point sur la politique de la Chine et ses effets sur l'Afrique.
"J'ai pris la décision de rédiger un rapport d'initiative sur cette question l'année dernière lors de la préparation du sommet Union européenne-Afrique", explique-t-elle avant de préciser que l'attitude des dirigeants des Vingt-sept vis-à-vis de la Chine l'avait à l'époque inquiétée. "Certains étaient peureux; d'autres affichaient une volonté de compétition pure et dure mais aucune vision objective ne se dégageait. Ce que j'ai voulu faire dans mon rapport c'est définir les aspects négatifs de cette présence, mais aussi les points positifs, car il y en a. La Chine a construit en Afrique des infrastructures qui seront capitales à l'avenir et, surtout, elle a renouvelé l'intérêt des Occidentaux pour ce continent et leur a fait prendre conscience de l'existence de marchés importants." Le rapport Gomès qui sera voté mercredi à Strasbourg est ainsi le premier document communautaire sur la question. Son but est d'initier un engagement coordonné de l'Europe et de la Chine en Afrique qui n'exclue pas les Africains du processus. "Nous devons soutenir l'Union africaine, le Nepad (Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique, NdlR) ainsi que les représentants de la société civile afin qu'ils puissent demander des comptes à leur gouvernement respectif", souligne la rapporteuse.
Axe important du texte, la "conditionnalité". L'Europe la revendique en refusant d'accorder son aide à des gouvernements qui bafouent les droits de l'homme mais, "dans les faits, les pratiques ne sont pas toujours irréprochables", souligne Ana Maria Gomès.
La Chine, quant à elle, se réclame du principe inverse, affirmant coopérer sans restriction avec tous les pays alors qu'en réalité, elle exclut ceux qui reconnaissent Taiwan. De l'art et la manière de s'accommoder des principes à l'Ouest comme à l'Est...
Reste que quand la Chine parle de "non-ingérence", Ana Maria Gomès s'insurge. "Tout contrat a des répercussions politiques lorsqu'il est conclu avec un gouvernement corrompu et répressif. Il faut que la Chine se mette en cohérence avec son statut de membre permanent du Conseil de sécurité de l'Onu, un statut qui l'oblige à l'ingérence en faveur de la paix et du développement. C'est ce statut qui doit l'orienter et l'empêcher d'exporter en Afrique ses pires pratiques en matière de droits de l'homme et de développement durable."
Le rapport Gomès devrait être pris en considération lors de la rédaction d'une déclaration de la Commission européenne prévue d'ici à la fin de l'année et son auteur espère que, parallèlement, les contacts se renforceront entre eurodéputés et membres du Congrès chinois. "Aujourd'hui, la politique chinoise en Afrique - centrée sur des intérêts énergétiques - se décide au sein d'un petit noyau de membres du gouvernement et de représentants d'entreprises. Il faut que les parlementaires chinois soient sensibilisés et se fassent entendre."
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