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Etats-Unis - présidentielle
Une victoire annoncée
Philippe Paquet
Mis en ligne le 05/06/2008
analyse
Les délais mis par Hillary Clinton à concéder sa défaite dans la course à l'investiture démocrate reflètent la désillusion de celle qui aurait dû survoler les élections primaires à en croire les sondages qui la créditaient, à l'automne dernier encore, de 40 pc des intentions de vote contre 20 pc à Barack Obama.
Alors que l'ex-Première Dame s'interroge sur son avenir, elle ne peut aussi que scruter ce passé récent et se demander pourquoi un scénario si bien écrit a finalement tourné au cauchemar.
La chronologie de cette déroute est assez facile à établir. Elle commence dès la première élection primaire dans l'Iowa, le 3 janvier, quand ce bout d'Amérique blanche et conservatrice a, contre toute attente, massivement voté pour un candidat noir (un métis, en fait, né d'une mère originaire du Kansas voisin, mais tout de même...). Sans l'Iowa, Barack Obama ne serait sans doute jamais devenu présidentiable.
Un mari encombrant
Deuxième étape, le 26 janvier, en Caroline du Sud. Des propos désobligeants de Bill Clinton sur M. Obama ont assuré à celui-ci le soutien quasi unanime d'un électorat noir qui, jusque-là, était très divisé dans ses allégeances, beaucoup de Noirs américains se sentant une dette à l'égard des Clinton. A partir de cette date, il est permis de se demander si, comme Al Gore en 2000, Mme Clinton n'a pas autant pâti que profité de ses liens avec l'ancien Président.
Nouveau rendez-vous manqué avec l'Histoire, trois jours plus tard, en Floride, où le scrutin était par avance invalidé en raison d'un différend avec les instances nationales du Parti (tout comme au Michigan, le 15 janvier), mais où il était malgré tout organisé - une aberration parmi bien d'autres. Etat crucial dans toute élection présidentielle, la Floride, avec sa population de retraités, était taillée sur mesure pour Hillary. Elle y a logiquement triomphé, mais sans pouvoir réclamer le trophée. Comme pour Al Gore de nouveau, la Floride aura torpillé une ambition présidentielle.
La carte de la proximité
Le "Super-Mardi" du 5 février a enfoncé le clou. Sans doute la sénatrice a-t-elle gagné partout où on l'attendait, de New York à la Californie, mais, loin de s'effondrer, son adversaire fit plus que jeu égal, accumulant les victoires dans des Etats d'importance secondaire où il avait consciencieusement mené une campagne de proximité. Au soir du 5 février, Barack Obama faisait désormais la course en tête, ne cessant plus de creuser son avance en nombre de délégués.
Mme Clinton n'en a pas moins continué à se battre comme une lionne, remportant des enjeux cruciaux (au Texas, dans l'Ohio, en Pennsylvanie...), mais dont l'impact était fortement atténué par l'attribution des délégués à la proportionnelle. La distorsion du calendrier électoral (une trentaine d'Etats ont voté au cours du premier mois, une vingtaine pendant les quatre mois suivants) a achevé de fausser l'affrontement en épuisant les candidats et en les contraignant à la faute - leurs dérapages verbaux sont explicables en grande partie par la nécessité de maintenir l'intérêt des médias.
Si elle était fatale, l'issue doit néanmoins être nuancée. En termes de délégués issus directement des élections, l'écart entre les deux prétendants n'est que de 125 environ sur un total de quelque 3 400. Ce sont les 796 "super-délégués" (les édiles nationaux et locaux du Parti démocrate) qui font la différence et on peut comprendre que leur préférence pour M. Obama ne soit pas du goût de Mme Clinton. Si l'on accorde foi aux sondages, qui font de celle-ci la meilleure candidate pour battre le Républicain John McCain, le 4 novembre, il aurait été logique que, dans l'intérêt supérieur du Parti, ses responsables se fussent prononcés plutôt pour l'ex-Première Dame.
Un ticket "Obama - Clinton"
C'est pour corriger ce paradoxe autant que pour refaire l'unité d'un parti radicalement coupé en deux que d'aucuns proposent à présent un ticket "Obama - Clinton". La formule aurait l'avantage, outre de réconcilier les Démocrates, d'apporter à Barack Obama ce qui lui manque : du soutien des classes moyennes blanches à l'expérience politique (le sénateur de l'Illinois n'existe sur la scène nationale américaine que depuis les élections de 2004).
Mais ce qui ferait figure de "dream team" aux yeux de certains, ne l'est nullement pour d'autres. Barack Obama a pris pour axe de campagne la rupture avec l'establishment à Washington - dont Hillary Clinton fait assurément partie. Les mauvaises langues font aussi valoir que, dans cette hypothèse, l'omniprésent Bill Clinton serait un second vice-président, voire le premier... Enfin, beaucoup redoutent le cumul de deux handicaps - un Noir et une femme - face à un électorat qui, dans sa majorité, reste foncièrement conservateur.
A quoi s'ajoute la désagréable impression que Mme Clinton pourrait accepter la vice-présidence en considérant que, s'il devait arriver quelque chose de fâcheux au premier président noir des Etats-unis (une éventualité à prendre, hélas, au sérieux), elle se trouverait propulsée aux commandes. Un procès d'intention auquel l'intéressée a prêté le flanc en évoquant maladroitement l'assassinat de Bob Kennedy dans une récente interview.
Savoir Plus
Luther King et John Kennedy
Né le 4 août 1961 à Hawaï de l'union d'un père noir du Kenya et d'une mère blanche du Kansas, Barack Obama a été élevé par sa mère en Indonésie, puis par ses grands-parents maternels à Hawaï (sa mère est morte d'un cancer en 1995). Promis à une prometteuse carrière dans la finance après son passage à l'Université de Columbia (New York), il préféra travailler dans les ghettos du sud de Chicago. Il les quitta pour étudier à Harvard, avant de revenir à Chicago comme avocat au sein d'un cabinet où il rencontrera sa future femme, Michelle - elle dirige aujourd'hui un des plus grands groupes hospitaliers publics de Chicago. Le couple a deux enfants : Malia, 9 ans, et Sasha, 7 ans. Après un échec à la Chambre des Représentants en 2000, M. Obama attire l'attention des médias en étant élu au Sénat des Etats-Unis en novembre 2004, devenant ainsi l'unique sénateur noir au Congrès. Il est réputé être de gauche, ce qu'il conteste. Il revendique constamment l'héritage de deux héros, l'apôtre des droits civiques Martin Luther King et le président John F. Kennedy, dont il a aujourd'hui la jeunesse et le charisme. (AFP)
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