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colombie - portrait
La fin du long calvaire d'un symbole
marie-france cros
Mis en ligne le 03/07/2008
Elle aurait pu avoir la vie d'une belle petite-fille riche d'Amérique latine. Née le jour de Noël 1961, Ingrid est en effet issue par son père, Gabriel Betancourt, diplomate et ministre de l'Education sous la dictature militaire de Rojas Pinilla, d'une des grandes familles de Colombie. Sa mère, Yolanda Pulecio, est une ancienne Miss, qui deviendra sénatrice libérale. Le destin d'Ingrid est tout tracé : enfance dorée, mariage prestigieux, vie de luxe.
Mais son père est nommé en Europe, à Paris. Et c'est là qu'Ingrid grandira, confrontera ses idées à celles des autres, apprendra la vie, étudiera à l'Institut d'études politiques (où elle aura pour professeur Dominique de Villepin) et se mariera avec le diplomate français Fabrice Delloye, dont elle aura deux enfants. Ingrid n'est plus tout à fait la typique petite fille riche de Colombie.
Glamour et corruption
Quand elle divorce de son mari français - dont elle a gardé la nationalité - et retourne en Colombie, à 29 ans, elle entre au ministère des Finances. Elle en verra assez pour que, lorsqu'elle se lance, quatre ans plus tard, dans la politique - à laquelle la destinent le passé familial et ses études - ce soit sur un programme anticorruption, dans ce pays rongé par celle qu'y entretiennent les narcotrafiquants.
Belle, photogénique et blanche dans un pays métis, elle recueille les voix de citoyens non politisés; passionnée et convaincue, elle est rafraîchissante dans ce pays blasé, aux discours politiques usés, et recueille les voix de ceux qui veulent "autre chose". Elle est élue député puis, en 1998, sénateur, et crée son parti, Oxygeno.
Lancée, elle décide de se présenter à la présidentielle de 2002, bien qu'elle n'ait aucune chance de l'emporter, dans une Colombie où Conservateurs et Libéraux se partagent le pouvoir en y empêchant l'accès aux autres.
Obstination aveugle
Alors qu'elle entre en campagne, une fin abrupte vient d'être mise à la trêve entre les autorités colombiennes et la guérilla des Farc (Forces armées révolutionnaires colombiennes, marxistes, qui contrôlent une partie du pays depuis les années 60). Ingrid souhaite tout de même se rendre à San Vicente del Caguan, dont le maire est membre d'Oxygeno et qui reçoit, ce 23 février 2002, le président Pastrana; ce dernier accompagne le retour de l'armée dans cette localité qu'elle avait évacuée conformément aux accords passés pour la trêve.
Le chef de l'Etat refuse de prendre la sénatrice Betancourt dans son avion. Qu'à cela ne tienne, Ingrid se rendra à San Vicente en voiture. Le gouvernement tente de l'en dissuader : il y a des Farc sur pied de guerre sur cette route. Elle passe outre. A un barrage, des militaires lui refusent le passage : les guérilleros sont quelques km plus loin. Ingrid ordonne à son chauffeur de passer. Les militaires la retiennent : elle ne passera que si elle leur signe une décharge. Elle signe. Elle passe. Quelques km plus loin, elle est arrêtée par les Farc.
Contrairement aux centaines d'autres otages de la guérilla, Ingrid Betancourt n'a pas été enlevée par surprise, elle s'est jetée dans la gueule du loup. Un loup qu'elle connaissait puisqu'elle avait critiqué plusieurs fois publiquement les rapts des Farc. Comment l'expliquer ?
Etait-elle trop "française" pour bien appréhender les réalités de son pays ? Ou trop "petite fille riche" pour accepter un "non" ? Croyait-elle que son panache forcerait l'admiration des guérilleros ? Son départ en campagne présidentielle l'avait-il trop exaltée ?
Ses liens avec la France y ont suscité une importante campagne de soutien, en partie appuyée par les gouvernements qui se sont succédé à Paris. Sa beauté aidant, elle est ainsi devenue une véritable icône, ce qui choque nombre de Colombiens, qui rappellent qu'il y a 4200 otages dans leur pays (dont un quart aux mains de la guérilla, les autres dans celles de délinquants de droit commun), dont une vingtaine d'élus.
Le chef de l'armée colombienne, lui, jugeait il y a quelques mois que cette "starisation" d'Ingrid Betancourt avait fait monter son "prix" aux yeux des Farc, dès lors de plus en plus réticents à la relâcher.
Insoumise et malade
Depuis mai 2007, le statut d'héroïne qu'a l'otage en France est justifié par ce que l'on sait de son attitude en détention : Ingrid Betancourt ne cesse de se rebiffer, rapporte alors un otage échappé; elle ne se soumet pas. Si bien que ses geôliers l'enchaînent, comme les détenus hommes, et punissent par des vexations et privations ses tentatives d'évasion. Avec le zèle que requiert la mise au pas de cette belle gosse de riche.
Au cours des derniers mois, on apprendra successivement qu'elle est très malade - hépatite B, malaria, leishmaniose (maladie tropicale) - puis qu'elle refuse de s'alimenter.
La captivité avait transformé la gosse de riche en résistante. La battante vient de remporter sa plus grande victoire.
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