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Karadzic
Des Européens contents, pas comblés
Olivier le Bussy
Mis en ligne le 23/07/2008
La nouvelle de l'arrestation de Radovan Karadzic a quelque peu modifié l'ordre du jour de la réunion des ministres européens des Affaires étrangères, réunis ce mardi à Bruxelles. Ceux-ci devaient initialement se borner à souhaiter que le nouveau gouvernement serbe concrétise ses engagements envers l'UE, dont la coopération pleine et entière avec le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, afin de progresser vers l'adhésion. Suite à la capture du criminel de guerre bosno-serbe, le "souhait" des Vingt-sept s'est mué en "encouragement" en direction de Belgrade à poursuivre dans cette voie.
"C'est une excellente nouvelle qui conforte le gouvernement de Belgrade" s'est réjoui le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, qui présidait la réunion. Le Français s'est plu à rappeler que les Vingt-sept n'avaient pas ménagé leur soutien aux forces proeuropéennes serbes, en signant avec Belgrade un accord de stabilisation et d'adhésion (Asa) à la veille des législatives serbes de juin, qui virent le camp du Président Tadic l'emporter sur les nationalistes serbes. "Nous avons eu raison. Nous avons dit à ceux qui refusaient que soit signé l'Asa nous n'aurions aucune chance de parvenir à ces arrestations avec les nationalistes au pouvoir".
Dans la foulée, le Français a balayé les critiques qui arguent que les Occidentaux n'ont pas saisi les occasions de mettre la main sur Karadzic qui s'offrirent à eux par le passé. "Bien sûr cela a pris du temps, mais nous avons essayé" s'est défendu Kouchner. "Mieux vaut tard que jamais ".
En attendant Mladic
Quelles conséquences immédiates aura la capture de Karadzic sur les relations entre la Serbie et l'Union ? A l'issue de sa rencontre à Bruxelles avec le ministre serbe des Affaires étrangères, Vuk Jeremic, le commissaire à l'Elargissement Olli Rehn a déclaré qu'il fallait commencer à mettre en oeuvre "aujourd'hui l'accord transitoire, c'est-à-dire la partie commerciale de l'Asa" . C'est l'avis de la Commission, mais c'est au Conseil, qu'échoit in fine cette décision. Et si l'arrestation de Karadzic contente les Européens, elle ne les comble pas pour autant. " Nous ne pouvons pas nous satisfaire d'une seule arrestation" a poursuivi Bernard Kouchner. C'est certainement l'avis des Pays-Bas et de la Belgique, qui avaient obtenu de leurs partenaires que la Serbie fasse preuve de sa coopération avec le TPIY avant que l'Asa ne soit ratifié et donc, entre en vigueur.
Le secrétaire d'Etat belge aux Affaires européennes Olivier Chastel voit dans la capture de Karadzic le "déclencheur d'un changement d'attitude" de Belgrade. Cette arrestation, ajoute le Belge, est le fruit "d'une position combinée" entre politique de la main tendue et fermeté à l'égard des autorités serbes. Toutefois, pour donner son blanc-seing à la ratification de l'Asa, la Belgique attend que Karadzic soit transféré à la Haye et que le procureur du TPIY, le Belge Serge Brammertz, évalue les progrès effectués par Belgrade. "Je ne dis pas que la Belgique n'effectuera pas un pas en avant, mais c'est encore trop tôt. On ne freine pas pour le plaisir de freiner. Nous voulons avancer sur ce dossier", explique M. Chastel .
Ensuite, les Belges entendent que Ratko Mladic soit lui aussi remis à la justice. "La coopération ne sera complète que quand on pourra juger les deux", avance le secrétaire d'Etat. "Ils viennent de nous prouver qu'il est possible de les arrêter" a-t-il ajouté. Et de rappeler, non sans malice, qu'il y a quelques mois encore, certains de ces collègues européens prédisaient que Karadzic et Mladic ne seraient jamais capturés.
Le secrétaire d'Etat néerlandais aux Affaires européennes, Frans Timmermans, ne dit pas autre chose : "Il faut voir ce que les Serbes ont fait pour aider à l'arrestation de Mladic et aussi si M. Brammertz voit des possibilités pour créer des conditions favorables à son arrestation". Avant de préciser que le jugement d'ensemble sur la coopération serbe ne se bornerait pas au seul avis de Brammertz, "même s'il est une condition très importante pour aller de l'avant".
Si le Coreper, qui rassemble les ambassadeurs des Vingt-sept auprès de l'UE, se saisira avant la fin du mois du volet technique des suites à donner à l'arrestation de Karadzic, la décision est du ressort des politiques.
En attendant, les Européens ne boudent pas leur bonheur de savoir Karadzic sous les verrous. "Aujourd'hui est un jour pour féliciter les autorités serbes. Le moment n'est pas venu de poser des conditions" estimait de son côté le chef de la diplomatie britannique David Miliband.
Savoir Plus
Inquiétude à Moscou
Le procès de Radovan Karadzic doit être "impartial", a insisté mardi le ministère russe des Affaires étrangères, réitérant son appel à "mettre fin" aux activités du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, dont il dénonce le "parti pris". "L'arrestation de l'ancien chef des Serbes de Bosnie R. Karadzic, accusé par le TPI, est une affaire strictement intérieure" de la Serbie, a souligné le ministère dans un communiqué. Il a été procédé à cette arrestation "dans le cadre de l'accomplissement par Belgrade de ses obligations devant le Tribunal (le TPI, NdlR.). Nous espérons que l'enquête et le procès sur le cas de R. Karadzic revêtiront un caractère impartial", ajoute le document.
Etats-Unis. La Maison-Blanche a félicité lundi la Serbie pour la capture du criminel de guerre Radovan Karadzic. "Le moment de l'arrestation, quelques jours seulement après la commémoration du massacre de plus de 7000 Bosniaques à Srebrenica, est particulièrement approprié, et il n'y a pas de plus bel hommage (à rendre) aux victimes des atrocités (d'une) guerre que d'amener leurs auteurs devant la justice", souligne le communiqué. (AFP)
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