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Karadzic

Karadzic vivait à Belgrade

Jean-Arnault Dérens

Mis en ligne le 23/07/2008

On le disait dans un monastère au Monténégro, caché à l'est de la Bosnie. En définitive, c'est dans la capitale serbe que Karadzic vivait, pratiquant la médecine parallèle sous un faux nom. La police serbe l'a arrêté dans un autobus, lundi soir.
Correspondant dans les balkans

Nul ne pouvait reconnaître Radovan Karadzic, et sûrement pas les curieux qui se pressaient aux conférences du bon docteur Dragan David Dabic, "neuropsychiatre, chercheur en psychologie et bioénergie". Car c'est ainsi que se présentait Radovan Karadzic, qui donnait une conférence le 12 décembre dernier à la Maison de la Culture de Smederevo, une petite ville située à une centaine de kilomètres de Belgrade, sur le thème "Les liens entre le silence et la méditation".

Pour devenir Dragan Dabic, Radovan Karadzic avait considérablement maigri et s'était laissé pousser une grande barbe blanche. Sur une photographie d'une autre conférence donnée à Novi Sad le 12 avril, publiée par le site B92, l'homme est méconnaissable. Pour le reste, selon les informations encore partielles dont l'on dispose, Radovan Karadzic résidait à Novi Beograd, un quartier moderne de la capitale serbe, et travaillait dans une clinique privée, comme spécialiste des médecines alternatives. Ni les responsables de la clinique ni ses collègues ne connaissaient, semble-t-il, sa véritable identité.

Ces informations ont été communiquées lundi lors d'une conférence de presse par Rasim Ljajic, le responsable de la coopération avec le TPI du gouvernement serbe. Rasim Ljajic a également confirmé que Radovan Karadzic avait été arrêté, sans violence, dans un autobus de Belgrade, lundi soir vers 21h30. L'accusé a été présenté dans la nuit de lundi à mardi devant la Cour spéciale pour les crimes de guerre du Tribunal de Belgrade, qui a confirmé son identité. Il s'agit de la procédure légale avant son transfèrement à La Haye, qui devrait intervenir très rapidement. Selon son avocat, Radovan Karadzic a choisi de ne pas répondre aux questions de la Cour, se contentant de dire que "tout cela était une farce". Il a refusé la nourriture qui lui a été proposée, mais selon le médecin qui l'a examiné, il serait en bonne santé.

En réalité, Karadzic aurait été arrêté "par hasard", alors que la police avait lancé une opération visant à démasquer des aides de l'autre fugitif du TPI, Ratko Mladic. La piste aurait débouché sur Radovan Karadzic.

La longue cavale de près de treize ans de l'ancien chef politique des Serbes de Bosnie demeure très mystérieuse. Dans les premières années qui ont suivi son inculpation, fin 1995, il résidait toujours, sans aucunement se cacher, à Pale, la "capitale de guerre" des Serbes de Bosnie, sur les hauteurs surplombant Sarajevo. Les forces de l'Otan déployées en Bosnie ont souvent été dénoncées pour leur inaction durant cette période. À partir de 1997, Radovan Karadzic a dû se résoudre à une clandestinité plus stricte, et il aurait alterné les séjours en Bosnie et en Serbie. A quel moment s'est-il pour de bon installé dans ce dernier pays, prenant l'identité du docteur Dabic ? Le procès qui sera mené devant le TPI le révélera peut-être, mais force est de reconnaître que la couverture choisie par Radovan Karadzic dément tous les scénarios le plus souvent imaginés : un homme traqué mais disposant toujours de nombreuses protections et d'une fortune inépuisable, gardé par une poignée de farouches gardes du corps surarmés... Le Dr Dabic vivait seul et modestement. Il avait l'allure d'un vieillard rêveur et philosophe.

L'arrestation de Radovan Karadzic est en tout cas un immense succès pour les autorités de Belgrade : elle intervient deux semaines après la formation du gouvernement dirigé par le démocrate Mirko Cvetkovic et quatre jours seulement après la nomination du nouveau chef des services secrets serbes. Cette rapidité doit être portée au crédit politique du nouveau gouvernement, bien décidé à coopérer réellement avec le TPI, mais elle met en évidence la responsabilité de la précédente équipe, dirigée par Vojislav Kostunica, qui disposait très certainement des mêmes pistes, mais a délibérément choisi de ne pas les suivre. Pour la plupart des Serbes, l'arrestation de Karadzic permet de tourner pour de bon la page, et de se concentrer sur l'avenir du pays et son intégration européenne.

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