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Karadzic

Treize ans d'une impossible traque

Grégoire Comhaire

Mis en ligne le 23/07/2008

L'arrestation de Karadzic marque la fin d'une longue chasse à l'homme. Beaucoup ont dénoncé un manque de volonté politique pour l'arrêter plus tôt.

Il aura donc fallu treize ans pour parvenir à mettre la main sur Karadzic. Treize ans d'une traque qui aura laissé perplexe plus d'un observateur étranger. Treize ans et autant de temps depuis le fameux massacre de Srebrenica, qui fit près de 7 000 morts parmi la population musulmane de cette petite ville de Bosnie.

Quelques jours après cette tragédie, le chef des milices serbes de Bosnie Radovan Karadzic ne tarde pas à se voir officiellement inculpé de crime de guerre et de génocide par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) de La Haye. Une inculpation qui ne signifiera pourtant pas son entrée immédiate dans la clandestinité. Durant les trois premières années, il semble d'ailleurs que l'homme ait continué de vivre tranquillement dans son fief de Pale, à quinze kilomètres de Sarajevo sans que rien de très sérieux ne soit entrepris pour l'arrêter. Et tout cela, malgré la présence de dizaines de milliers d'hommes de l'Otan dans la région.

Les raisons de cette bienveillance, et en particulier celle de la France qui fut pointée du doigt à plusieurs reprises dans cette affaire, sont encore aujourd'hui sujettes à interprétations. Il semble en fait que du côté de l'Alliance Atlantique, on ait voulu éviter au maximum un soulèvement des Serbes de Bosnie, au lendemain des accords de paix de Dayton. A l'Elysée, on craignait aussi qu'une opération d'envergure menée contre le criminel de guerre ne se solde par la mort, voire la prise en otage, de soldats français.

Fin 1998, Karadzic disparaît dans la nature, aidé par les services secrets de la république Serbe de Bosnie qui lui fournit la logistique nécessaire ainsi que par de nombreux relais dont il bénéficie dans la population, qui voue à son "héros" un culte et une reconnaissance immense. Et pour protéger la cavale du chef, une structure de type mafieuse, baptisée "Preventina", se met rapidement en place, alimentée par le racket d'industriel et par les caisses de la république serbe de Bosnie elle-même.

A en croire les spécialistes du dossier, Karadzic mène alors une vie paisible dans la clandestinité, protégé par une armada de garde du corps, tandis que les forces de l'Otan prétendent être à sa recherche.

A quelques mois de la fin de son mandat, Bill Clinton, qui se voit bien quitter la scène politique par un coup d'éclat lance une opération secrète pour aller chercher Karadzic localisé dans l'est de la Bosnie, dans un secteur sous contrôle français. Mais l'ambition du président américain viendra se heurter à l'orgueil hexagonal. Ayant eu vent du projet de la Maison-Blanche, de faire cavalier seul, les Français, furieux, s'empressent en effet de faire échouer l'opération en envoyant un hélicoptère balayer la zone, et avertir du même coup Karadzic qu'il ne fait plus bon se planquer dans la région.

Les premières opérations visant véritablement à capturer Karadzic ne débuteront en fait qu'en juillet 2001, soit 6 ans après Srebrenica. Plusieurs seront menées sous l'égide des services secrets français. D'autres sous celle des Américains, mais toujours sans succès. Et pendant ce temps les rumeurs vont bon train. Karadzic serait mort. Un chirurgien de Californie lui aurait refait le visage. Mieux encore, le criminel de guerre se serait déguisé en prêtre orthodoxe et caché dans les monastères aux confins des frontières serbes et monténégrines. A Sarajevo, on n'en finit plus de moquer les forces de l'Otan, incapables de mettre la main sur ce fugitif dont l'aura n'en est que renforcée auprès de ses partisans.

Finalement, c'est l'Union européenne qui exigera de la Serbie sa "pleine collaboration avec le TPIY" au préalable à toute négociation d'accord d'association avec elle. Sauf lorsque l'Autriche viendra à exiger l'ouverture des négociations avec la Croatie, qui elle-même détient Gotovina, autre inculpé du TPIY, et que s'entameront tout de même lesdites négociations. L'épilogue de cette traque rocambolesque aura donc été le fait des Serbes eux-mêmes. Dans un bus à Belgrade...

Savoir Plus

Et maintenant Ratko Mladic?

Le ministre serbe des Affaires étrangères, Vuk Jeremic, a assuré mardi à Bruxelles que Belgrade faisait "le maximum" pour arrêter le général Ratko Mladic, l'autre grand fugitif serbe de Bosnie, pour assurer la "pleine coopération" avec le TPI. Cette opération s'annonce cependant plus délicate en raison de l'expérience militaire de Ratko Mladic. Dès les premiers jours du conflit en ex-Yougoslavie, Mladic s'est entouré d'officiers spécialisés dans le renseignement et la sécurité. Parmi eux, le général Zdravko Tolimir. Arrêté en mai 2007 et transféré au TPI de La Haye, il est celui qui a mis au point le dispositif pour rendre l'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie insaisissable. Après son inculpation pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre en 1995 par le TPI, Mladic a vécu à Belgrade sans être inquiété jusqu'à la chute en octobre 2000 du président Slobodan Milosevic. Il a ensuite été protégé par l'armée jusqu'en 2002.

D'un caractère bouillant, Mladic, contrairement à Karadzic, n'est pas enclin à accepter sans résistance une éventuelle arrestation, estiment généralement les médias et les analystes à Belgrade. (AFP)

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