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Tribunal pénal international
Belgrade a livré Radovan Karadzic
Christophe Lamfalussy
Mis en ligne le 31/07/2008
Radovan Karadzic - qui estimait en 1996 que le Tribunal pénal international (TPI) pour les crimes commis en ex-Yougoslavie n'avait "pas d'avenir" - a été incarcéré mercredi matin à la prison de Scheveningen, aux Pays-Bas, après une fuite de onze ans.
L'homme qui incarnait la politique serbe de nettoyage ethnique durant la guerre de Bosnie (1992-95) a été livré par Belgrade dans un avion officiel du gouvernement serbe.
Geste tardif, mais très significatif que Serge Brammertz, le procureur belge du TPI, n'a pas manqué d'applaudir hier en déclarant que l'arrestation de Karadzic est "un succès majeur dans la coopération de la Serbie" avec le tribunal de l'Onu.
Jamais un procureur du TPI n'a prononcé de louanges aussi fortes à l'égard de Belgrade. Toutefois, Brammertz a refusé de donner carte blanche à l'Union européenne qui n'attend qu'un signe de sa part pour activer un accord de stabilisation et d'association avec la Serbie. "Je ne ferai aucun rapport d'évaluation dans les jours qui viennent", a dit le procureur. "Je compte rencontrer le nouveau gouvernement à Belgrade, probablement début septembre", a-t-il dit. Deux Serbes sont encore inculpés par le TPI et en fuite : l'ex-général des Serbes de Bosnie, Ratko Mladic, et l'ancien président de la République serbe de la Krajina (RSK) en Croatie, Goran Hadzic.
Éviter l'erreur "Milosevic"
Au cours d'une conférence de presse à La Haye, Serge Brammertz a aussi signalé son intention d'actualiser l'acte d'inculpation finalisé en 2000 par Carla del Ponte, d'y retrancher des faits déjà établis par la Cour et d'y ajouter des éléments de preuve recueillis au cours des huit dernières années. Le Procureur a aussi annoncé sa volonté de réduire le dossier de taille afin d'éviter un procès qui traîne en longueur. Le procès contre Slobodan Milosevic s'était étiré pendant trois ans, avant que l'ancien président yougoslave ne meure d'un infarctus le 11 mars 2006.
Arrivé à Scheveningen mercredi matin, Karadzic a reçu le briefing habituel dans le quartier pénitentiaire de l'Onu : il a subi un examen médical et été averti de ses droits. Il a été placé dans une cellule de 15 mètres carré. Les détenus bénéficient de nombreuses facilités : salle de fitness, infirmerie et salle d'ergothérapie. Chaque cellule est équipée d'un lit, d'un bureau, d'étagères, d'une armoire, d'un WC, d'un lavabo, d'une télévision et d'un interphone qui permet de communiquer avec les gardiens quand que la cellule est fermée.
Karadzic est accusé "des crimes les plus graves de la justice internationale", a rappelé M.Brammertz. Il est inculpé pour génocide à Srebrenica et ailleurs en Bosnie, complicité de génocide, crimes contre l'humanité, meurtres, déportations, persécutions. Le TPI n'a pas oublié aussi que Karadzic avait fait enchaîner des casques bleus de l'Onu à des pylônes électriques (pour prévenir un bombardement de l'Otan), ce qui lui vaut d'être poursuivi pour prise d'otages, en violation des lois ou coutumes de la guerre.
L'interlocuteur de Pale
Fondateur du SDS, le parti nationaliste des Serbes de Bosnie, Karadzic fut au coeur de toutes les décisions politiques de Pale, allant jusqu'à refuser en 1994 à Milosevic un plan de paix qui accordait la moitié du territoire bosniaque aux Serbes, contre les deux tiers sur lesquels ils avaient mis, brutalement, la main. Mais Karadzic, l'homme des contacts internationaux et des interviews avec la presse, faisait pâle figure à côté de Ratko Mladic qui commandait toutes les troupes serbo-bosniaques et était en relation étroite avec l'armée à Belgrade.
Son avocat belgradois a déjà annoncé que Karadzic entendait se défendre seul devant les juges de l'Onu, à l'image de Milosevic qui avait agi en vrai procureur.
Les membres de sa famille, son épouse, son fils, sa fille et son beau-fils, pourront lui rendre visite aux Pays-Bas. Ils ont reçu juste après le transfert de Karadzic à La Haye le feu vert de Miroslav Ljacak, haut représentant de la communauté internationale à Sarajevo, qui leur avait interdit de quitter le territoire bosniaque tant que l'homme était toujours en fuite.
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