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TPI
Karadzic cherche à mouiller l'Américain Holbrooke
AFP, Reuters et AP
Mis en ligne le 02/08/2008
Comme l'avait fait l'ancien président yougoslave Milosevic lorsqu'il s'était retrouvé sur le banc des accusés à La Haye, Radovan Karadzic tente de transformer son procès en tribune politique. Et de "mouiller" les Occidentaux pour expliquer qu'il ait pu échapper pendant si longtemps à la justice.
Vendredi, l'ancien chef des Serbes de Bosnie a pris pour cible l'ancien négociateur américain Richard Holbrooke (photo), architecte des accords de Dayton qui mirent fin à la guerre de Bosnie en 1995. Le Bosno-Serbe affirme que l'Américain lui avait promis qu'il ne serait pas traduit devant le Tribunal pénal international (TPI) en échange de son retrait de la vie publique. Dans une motion écrite rendue publique vendredi, Karadzic prétend qu'en 1996, "Richard Holbrooke a fait une offre aux ministres et aux hommes d'Etat qui étaient mes représentants autorisés (...) s'engageant au nom des Etats-Unis à ce que je ne sois pas jugé devant ce tribunal" . L'accusé va plus loin, en avançant qu'Holbrooke "incapable de remplir ses engagements (...) est passé au plan B - la liquidation de Radovan Karadzic" .
L'existence d'un tel "accord" qui aurait été conclu entre Holbrooke et Karadzic suscite la controverse depuis des années. Ce marché, s'il a effectivement été passé entre les deux hommes, expliquerait en partie pourquoi Radovan Karadzic, inculpé par le TPI depuis 1995, a réussi à échapper à la justice internationale pendant si longtemps. En 2004, Ljiljana Zelen-Karadzic, épouse de l'accusé avait affirmé qu'un tel document existait.
"Zéro vérité"
Dès jeudi, Richard Holbrooke a nié avoir jamais passé un accord secret avec Karadzic. "C'est une vieille accusation que Karadzic a commencé à lancer en 1996 , a-t-il dit. Afin d'expliquer cela à son propre peuple, il a inventé cette histoire et a brodé autour pendant 12 ans, mais il y a zéro vérité là-dedans" a poursuivi l'ancien émissaire du président Clinton. Et de préciser : "Un tel accord aurait été immoral et contraire à l'éthique." M. Holbrooke a ajouté qu'à ses yeux, ne pas avoir arrêté Karadzic à l'époque avait été "une terrible erreur des Occidentaux" . Richard Holbrooke dément également avoir lancé des menaces de mort contre Karadzic, comme le soutient ce dernier : "Ce que j'ai dit précisément c'est si quelqu'un mérite la peine de mort, c'est bien Radovan Karadzic et Ratko Mladic."
Jusqu'ici, Radovan Karadzic n'a pas été en mesure de fournir des preuves de ce qu'il prétend. "C'est donc la parole de l'un contre la parole de l'autre , explique Florence Hartmann, ancien porte-parole de l'ex-procureur général du TPI, Carla Del Ponte. On n'a jamais su la vérité, mais les 13 ans de cavale de Karadzic poussent à la suspicion" , poursuit Florence Hartmann, en relevant que les spécialistes n'écartent pas "la possibilité qu'une bande apparaisse, et soit utilisée comme monnaie d'échange" .
Dans une interview publiée le 24 juillet par le quotidien serbe "Vecernje Novosti", Aleksa Buha qui fut le ministre des Affaires étrangères de la Republika Srpska (RS, entité serbe en Bosnie) jusqu'en janvier 1998, a affirmé qu'il existait " deux accords conclus oralement" prévoyant une impunité du leader des Serbes de Bosnie en échange de son retrait de la vie publique.
Le professeur de droit international de l'Université d'Amsterdam Jann Kleffner, prévoit que Karadzic s'étendra longuement dans les mois à venir sur son "accord" avec l'Ouest, "mais tant qu'il n'apporte pas la preuve de cet accord... il n'a aucune importance dans le procès" .
(D'après AFP, Reuters, et AP)
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