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Édito
Le génocide et la grandeur de la France
Mis en ligne le 07/08/2008
La commission d'enquête mise en place par Kigali pour "rassembler les preuves montrant l'implication de l'Etat français dans le génocide perpétré au Rwanda en 1994" ne peut être élevée au rang d'institution neutre et indépendante. Le Rwanda de Paul Kagame n'est pas une démocratie et nul n'ignore que la commission Mucyo a été mise en place en 2006 dans le cadre du bras de fer qui opposait le pouvoir rwandais au juge d'instruction parisien Jean-Louis Bruguière, qui venait de délivrer des mandats d'arrêt, dans l'enquête sur l'attentat contre l'avion du président Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994, à l'encontre de responsables de l'ancienne rébellion du Front patriotique rwandais, devenu parti de pouvoir après avoir mis fin au génocide.
Pour autant, le rapport de la Commission Mucyo doit-il être jeté dans les poubelles de l'Histoire ? Non. D'une part, parce qu'il est le fruit d'un travail d'enquête sérieux fondé sur des faits recoupés. D'autre part et surtout, parce qu'il vient s'ajouter à d'autres recherches qui ont mis en lumière le rôle trouble joué par des dirigeants politiques et des responsables militaires français en 1994 : l'enquête du journaliste français Patrick de Saint-Exupéry dans son livre "L'inavouable", les témoignages recueillis par la commission d'enquête citoyenne de l'organisation "Survie" et même les travaux de la Mission d'information parlementaire sur le rôle de la France au Rwanda de 1990 à 1994, dite Mission Quilès.
A l'aune de ces accusations convergentes, il est de plus en plus insupportable que les personnalités françaises épinglées continuent à rejeter d'un revers de la main les demandes d'explication sous prétexte que les dossiers à charge contiennent "des accusations inacceptables". Cette classe politique réagit avec ce qu'elle croit être la marque d'une grande puissance, avec dédain. Or c'est précisément en se donnant les moyens de faire toute la lumière sur sa complicité avec le régime génocidaire rwandais et en assumant ses responsabilités que la France se grandirait. Nicolas Sarkozy innovera-t-il dans ce domaine comme dans d'autres ? Son refus de toute repentance exprimé dès son arrivée au pouvoir n'en montre pas l'augure. Mais sa volonté de renouer le dialogue avec Kigali en autorise l'espoir.
Car la France peut-elle "tourner la page du génocide" sans faire le réel examen de conscience de ses responsabilités dans une tragédie qui a fait un million de morts en trois mois, selon un plan savamment orchestré ?
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