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Congo

Dramatisation de la situation au Kivu

Marie-France Cros

Mis en ligne le 11/10/2008

La reprise des combats, le 28 août, ne connaît guère d'accalmie. Kinshasa a demandé une réunion du Conseil de sécurité à New York.

La dramatisation de la situation au Kivu a monté d'un cran, cette semaine, avec la demande du Congo au Conseil de sécurité de consacrer une réunion d'urgence pour examiner la situation dans l'est de l'ex-Zaïre, frontalier avec l'Ouganda, le Rwanda et le Burundi. A vrai dire, la situation se dégrade depuis le 28 août déjà.

Engagements

En janvier dernier, une grande conférence de paix avait été organisée entre le gouvernement congolais, la rébellion de Laurent Nkunda (CNDP) et une série de petits mouvements armés à l'existence plus ou moins réelle (en s'affirmant comme groupe armé, d'ingénieux escrocs purent monnayer les avantages de leur "abandon" de la lutte). Elle se termina par des "Actes d'engagement" à cesser les combats et à ne plus prendre d'autres positions militaires, en attendant un désengagement.

Jusqu'à la fin août, quelques escarmouches égratignèrent l'accord. Depuis le 28 août, toutefois, CNDP et armée n'ont cessé de se prendre des positions, avec des accrochages journaliers.

Le 5 septembre, nouvelle escalade : ce ne sont plus des positions militaires qui sont conquises, mais des localités qui sont prises - en l'occurrence, Katsiru, par le CNDP. L'armée, de son côté, censée respecter la "zone" CNDP, y avait pénétré de 22 km le 25 septembre, soit après que Kinshasa eut renouvelé son engagement à un cessez-le-feu.

Cette semaine, c'est un camp militaire de l'armée congolaise que le CNDP a pris, Rumangabo, avec les armements qu'il contenait. L'an dernier déjà, le CNDP avait réussi une opération semblable dans le camp de Mushaki qui venait de recevoir... six tonnes d'armes chinoises, qui équipent depuis lors les insurgés.

Est-ce pour cacher les dimensions de cet échec que Kinshasa affirme maintenant que c'est le Rwanda qui attaque son armée au Kivu - ce que nie Kigali et ce qu'aucune source indépendante n'a confirmé jusqu'ici ?

Entre-temps, l'envoyé spécial de l'UE dans les Grands Lacs, Roeland van de Geer, et la Monuc (Mission de l'Onu au Congo) ont obtenu le retrait du CNDP de Rumangabo. On ne précise pas le sort des armes qui s'y trouvaient.

La Monuc est elle-même en position difficile, alors qu'elle fait l'objet d'intenses pressions de la part de Kinshasa pour appuyer l'armée congolaise dans ses combats contre le CNDP. Outre les réclamations ouvertes en ce sens, la Monuc a en effet dû faire face à de nombreuses attaques de la population contre elle, dont certaines au moins ont été suscitées par des militaires.

Pas neutre

Le mandat de la Monuc ne précise pas si elle doit ou non se battre aux côtés de l'armée congolaise, seulement qu'elle peut recourir à la force pour protéger les populations civiles. Elle a longtemps insisté pour limiter son rôle à celui de surveillante du cessez-le-feu et d'arbitre entre groupes armés pour faire respecter les accords.

Ces dernières semaines, cependant, elle a appuyé l'armée congolaise : quand le CNDP a violé les Actes d'engagement et refusé de revenir à ses positions, la Monuc a tiré sur ses hommes, occasionnant des morts. Quand l'armée agit de la même manière, elle se contente de demander à celle-ci de reculer.

Du coup, le CNDP ne considère plus la Monuc comme neutre, ce qui est embarrassant pour la poursuite de sa mission.

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