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Etats-Unis - la campagne présidentielle

Obama peut-il croire à sa victoire ?

philippe paquet

Mis en ligne le 14/10/2008

Il domine dans les sondages et creuse même l'écart. Mais d'aucuns redoutent "l'effet Bradley" : les sondés n'oseraient pas tous avouer leurs préjugés racistes. Les chances semblent pourtant bien du côté du candidat démocrate.
envoyé spécial à atlanta et orlando

Rien ne semble plus pouvoir arrêter Barack Obama. Un nouveau sondage "Washington Post"-ABC News, publié lundi, le crédite d'une avance de dix points : le candidat démocrate à la présidentielle du 4 novembre obtient 53 pc des suffrages contre 43 seulement à son adversaire républicain, John McCain. Un tel écart est exceptionnel à trois semaines du scrutin et corrobore l'impression que la machine McCain est en panne.

Il faut, cependant, se méfier des sondages et une autre enquête d'opinion, conduite par Reuters-CSpan-Zogby, ne comptabilise, quant à elle, qu'un avantage de quatre points, à peine plus que la marge d'erreur. Au-delà des chiffres, ce que les observateurs redoutent, c'est "l'effet Bradley", susceptible d'invalider tous les pronostics.

Tom Bradley fut pendant vingt ans, de 1973 à 1993, le maire de Los Angeles, le premier et à ce jour le seul maire noir de la grande métropole de la côte Ouest, celui aussi qui, élu à cinq reprises, resta le plus longtemps en fonction. En 1982, ce Démocrate brigua le poste de gouverneur de la Californie et les sondages le donnaient vainqueur. Il perdit à 100 000 voix près (1 pc des suffrages) face à George Deukmejian, un Républicain de race blanche. A l'évidence, les sondés n'avaient pas tous avoué leur préférence raciale.

D'autres craignent que le scénario se répète le 4 novembre. "On sait que, dans des Etats comme la Pennsylvanie, l'Ohio, le Wisconsin, l'électorat blanc pourrait être réticent à voter pour un président noir", rappelle Kerwin Swint, professeur de Science politique à l'Université de Kennesaw (Géorgie). "L'effet Bradley est, toutefois, difficile à évaluer car on manque d'expérience".

"Ce qu'on remarque dans les sondages", souligne son collègue de l'Université de la Floride du Centre (UCF), Aubrey Jewett, "c'est que les gens se disent plus préoccupés par l'âge de John McCain que par la race de Barack Obama..." A cet égard, le choix de Sarah Palin comme colistière et la probabilité qu'elle devienne présidente des Etats-Unis indisposent de nombreux électeurs, des indépendants surtout, mais aussi des Républicains.

Si l'effet Bradley peut amener à surestimer l'avantage de M. Obama dans la course à la Maison-Blanche, deux facteurs sont de nature à corriger cette éventuelle erreur. Le vote des jeunes, tout d'abord, qui est traditionnellement sous-estimé dans les enquêtes d'opinion. Or, à travers tout le pays, un nombre record de nouveaux électeurs s'est inscrit sur les listes, des jeunes surtout et ceux-ci sont majoritairement des Démocrates. "Il y a, dans cette campagne électorale, un enthousiasme que je n'avais jamais vu auparavant", témoigne Bill Robinson, le président du Parti démocrate pour le comté d'Orange à Orlando (Floride).

Le second facteur est la mobilisation de l'électorat noir. Politiquement apathiques dans le passé, les Afro-Américains devraient, cette fois, être plus nombreux à voter et Barack Obama espère récolter plus de 95 pc de leurs suffrages, alors que John Kerry n'en avait obtenu que 88 pc. Cela pourrait compenser, au moins en partie, l'effet Bradley, estime le professeur Swint.

L'évolution des mentalités laisse elle aussi penser que l'Amérique est sans doute prête à élire un président noir. Lui-même Afro-Américan, John Eaves a été récemment élu président du Conseil des commissaires (une instance investie de larges pouvoirs) du comté de Fulton, lequel inclut la ville d'Atlanta en Géorgie. "On ne me donnait aucune chance quand je me suis présenté", explique-t-il. "Mon élection prouve que les critères raciaux ne font plus obstacle à un choix fondé sur le programme et les compétences."

Le pain et le beurre

La crise économique, qui affecte tous les Américains, est une autre raison de croire dans la victoire de M. Obama, et sans doute la principale. "Les problèmes de la vie quotidienne - the bread and butter issues - l'emportent sur les préjugés raciaux que les gens peuvent avoir", affirme Helen Butler, directrice de Coalition for the People's Agenda, une ONG qui défend les minorités à Atlanta. "Les gens regardent quel candidat peut résoudre leurs problèmes, ils ne regardent pas la couleur de sa peau."

Raillant le racisme dont il pouvait être victime, Barack Obama avait prévenu qu'il ne ressemblait pas aux présidents qui ornent les billets de banque américains. Si les sondages disent vrai, il faudra sans doute un jour en imprimer de nouveaux.

Savoir Plus

MCCAIN N'annonce pas de nouvelles baisses d'impôts. Pressé par son propre camp d'annoncer de nouvelles baisses d'impôts afin de se rendre plus crédible en matière économique, John McCain a choisi de ne rien annoncer de nouveau pour le moment, a-t-on appris lundi dans son entourage. Le sénateur républicain de Caroline du Sud, Graham Lindsey, l'un des plus proches amis politiques de John McCain, avait affirmé dimanche sur la chaîne de télévision CBS que le candidat républicain était sur le point d'annoncer de nouvelles baisses d'impôts pour les investisseurs pour donner un coup de fouet à l'économie. M. Lindsey avait même parlé d'une approche très " complète " de la question. Or, peu après, les conseillers de John McCain assuraient à la presse que leur candidat n'annoncerait pas dans l'immédiat de nouvelles mesures fiscales. (AFP)

Obama propose des mesures anticrise. Barack Obama a proposé lundi un nouvel ensemble de mesures, chiffré par son entourage à 60 milliards de dollars, pour faire face à la crise financière et ses répercussions économiques aux Etats-Unis. Ces propositions comprennent, à destination des entreprises, un crédit d'impôt de 3 000 dollars pour chaque nouvel emploi créé aux Etats-Unis au cours des deux prochaines années. A destination des particuliers, le sénateur de l'Illinois propose d'ouvrir la possibilité de retirer de l'argent de certains plans d'épargne retraite sans subir de pénalités. Il préconise en outre l'instauration d'un moratoire de 90 jours sur les saisies immobilières lorsque les propriétaires habitent dans leur logement et s'emploient à trouver des moyens de rembourser leurs emprunts. Barack Obama souhaite la mise en place par la Réserve fédérale et le département du Trésor d'une structure de financement à l'attention des Etats et des collectivités locales. Il appelle à la suppression provisoire des taxes sur les primes d'assurance chômage et à un système de garantie, par les autorités monétaires, d'une vaste gamme de produits d'endettement.

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