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Italie
Un boulevard pour Silvio Berlusconi
Frédéric Hacourt
Mis en ligne le 21/10/2008
On les croyait indissolublement unis par un mariage. Plus de nécessité que de raison, il est vrai. Or voici que le torchon brûle entre le Parti démocratique (PD) et l'Italie des valeurs (IDV), les deux formations constituant l'opposition à Silvio Berlusconi.
En direct à la télévision et pour la première fois, Walter Veltroni, secrétaire du PD, s'en est vivement pris à Antonio Di Pietro, son homologue de l'IDV, l'accusant d'avoir "brisé le pacte" qui les lie en assumant des positions "très lointaines de l'alphabet et de la culture démocratique du centre-gauche". "Di Pietro est un politicien déloyal et fait tout pour rendre difficiles les rapports entre majorité et opposition et dans l'opposition même", a-t-il ajouté.
Antonio Di Pietro a répondu par retour du courrier : "L'IDV est un parti structurel de centre-gauche. Veltroni croit-il y aller sans notre contribution ? Il n'aurait même pas droit à un lot de consolation. Les approches puériles du secrétaire du PD vers la majorité ont un relent collaborationniste; on ne traite pas comme cela avec ce requin de Berlusconi", tonne-t-il.
Un recours à la débâcle
Aux élections législatives d'avril dernier, l'apport de l'IDV qui a conquis de justesse 32 députés et 15 sénateurs, permit à la gauche, perdante, d'éviter la débâcle totale. Mais Antonio Di Pietro, l'ancien magistrat rendu célèbre par sa lutte contre la corruption politique, qui a depuis montré de remarquables dons de tribun, a toujours entendu mener seul sa barque en se faisant l'aiguillon d'une opposition pure et dure. Ce qui le démarque de ses alliés, qui penchent plutôt pour la prudence face à un Silvio Berlusconi Premier ministre tout-puissant et dominant le Parlement, qu'il modèle à ses besoins.
Ce n'est pas un hasard si seules l'IDV et la gauche extra-parlementaire sont jusqu'à présent descendues dans la rue pour s'opposer, en ces temps de crise, à la politique socio-économique berlusconienne alors que le PD, lointain héritier du Parti communiste, va de balbutiements en luttes internes qui le paralysent.
La réforme de l'éducation
Le dernier sujet de discorde est constitué par la réforme de l'enseignement imposée par le Premier ministre Silvio Berlusconi. Il s'agit de supprimer quelque 85000 emplois d'institutrices, un coup pour la qualité de l'école publique.
Dernier addendum, concédé à la très xénophobe Ligue du Nord : la constitution de classes spéciales pour les enfants étrangers ne maîtrisant pas la langue italienne. Certains parlent ouvertement d'"apartheid".
Le monde scolaire est, transversalement, en révolte et l'IDV appuie dans le concret ces revendications. De l'autre côté de la barrière, Silvio Berlusconi a beau jeu de se gausser des disputes entre ses adversaires, "des gens avec lesquels il est inutile de discuter", proclame-t-il.
Du haut de son Olympe, le Premier ministre considère par ailleurs les travaux parlementaires comme une "perte de temps" et procède par décrets qu'il fait traduire en lois, à coups de votes de confiance, par un hémicycle tout à sa dévotion. Il s'est ainsi octroyé une mesure le mettant à l'abri des poursuites judiciaires dont il est encore l'objet. "Me ne frego" ("Je m'en fous"), répète-t-il à l'envi.
Un test pour Veltroni
La petite phrase n'est pas innocente : elle fut le leitmotiv du fascisme. De là à évoquer l'instauration d'un nouveau régime, il n'y a qu'un pas qu'Antonio Di Pietro franchit allégrement, à la grande colère du très conciliant Walter Veltroni.
Tout ceci alors que le même Veltroni convoque à Rome, pour samedi prochain, une manifestation anti-berlusconienne qu'il veut aussi modérée qu'océanique. En cas d'échec, toujours probable, il aura lui-même creusé sa tombe.
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