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Congo-Kinshasa
Calme tendu à Goma qui craint la faim
Marie-France Cros
Mis en ligne le 31/10/2008
Goma, le chef-lieu du Nord-Kivu, vivait un calme tendu, jeudi, à l’issue d’une nuit déchirée jusque vers 1heure du matin par les pillages de commerces, habitations et hôpitaux, accompagnés de viols et de meurtres - 22 au moins. Les soldats débandés de l’armée congolaise - et des bandits, notamment des détenus évadés à la faveur des troubles - ont plongé la ville dans la peur malgré les appels du commandant en chef de la8e région militaire. Certains soldats congolais non fuyards ont mené des patrouilles durant la nuit avec la Monuc (Mission de l’Onu au Congo) pour tenter de limiter les dégâts. Ceux-ci seraient surtout importants le long du parcours emprunté par les soldats fuyards pour quitter la ville vers Saké et Minova (sud).
Mais le cessez-le-feu unilatéral décrété, mercredi soir, par les rebelles du CNDP de Laurent Nkunda, qui se sont arrêtés à une dizaine de kilomètres au nord de la ville, semble avoir poussé les soldats fuyards à revenir vers celle-ci, jeudi. Plusieurs habitants de Goma ont signalé à "La Libre Belgique", jeudi après-midi, que de nombreux groupes de militaires FARDC en goguette circulaient, soit désarmés pour certains, soit armés et sans chef, mais chanvrés pour d’autres. Cependant, ils ne pillaient pas à ce moment-là.
Les habitants se terrent dans leurs maisons. Ils sont préoccupés par l’explosion, depuis deux jours, des prix des denrées alimentaires - extrêmement rares, commerces et marchés étant restés fermés, jeudi - alors qu’ils étaient déjà particulièrement élevés à Goma.
"Les prix ont triplé, voir quintuplé depuis deux jours", nous signale un habitant de l’avenue du Lac. La plupart des denrées alimentaires qui approvisionnent Goma viennent, en effet, du nord, dont les routes sont fermées en raison des combats des derniers jours. Le chef rebelle Laurent Nkunda a annoncé son intention "d’ouvrir un couloir humanitaire" entre Goma et Rutshuru, principal axe d’approvisionnement alimentaire, pour permettre à la Monuc de faire rentrer chez eux les dizaines de milliers de civils qui ont fui les combats des derniers jours; mais on n’y circulait toujours pas, jeudi après-midi. Seule la route du sud permettait l’arrivée de nourriture - des bananes plantains. "Si cela continue comme ça, la ville va connaître la faim", craint un médecin interrogé par "La Libre Belgique".
Le PAM (Programme alimentaire mondial) a distribué des vivres aux hôpitaux et centres nutritionnels.
L’eau risque également de devenir rapidement un problème. Seul le centre-ville est raccordé à la Regideso. Dans les quartiers périphériques, les gens vont puiser l’eau en bidons à "la plage du Peuple" au bord du lac Kivu. La peur a cependant empêché les habitants qui habitent loin de cet endroit de venir se fournir, jeudi.
Visite rwandaise à Kinshasa
Sur le front diplomatique, la visite de la ministre rwandaise des Affaires étrangères était attendue à Kinshasa. On espérait que ce déplacement permette de faire progresser le dossier du rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays, interrompues depuis la guerre (1998-2003) et celui d’un sommet entre les deux présidents.
Le Rwandais Paul Kagame a refusé, mardi, celui que lui proposait Kinshasa au sujet de Nkunda, qu’il considère comme un conflit intracongolais, mais accepterait de discuter du renvoi vers le Rwanda des FDLR (rebelles hutus rwandais issus des génocidaires, alliés de Kinshasa).
Un geste positif à Kinshasa cependant : les députés congolais ont réclamé à l’unanimité, jeudi, indique Belga, l’ouverture par leur gouvernement d’un dialogue direct avec la rébellion.
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