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Etats-Unis - présidentielle

Barack Obama: "Je veux me faire aimer"

Stéphanie Fontenoy

Mis en ligne le 04/11/2008

Le candidat démocrate a pris garde de ne pas être une étoile filante de la politique. Il s’est ainsi forgé une image d’homme responsable, prêt à assumer la charge suprême.

Portrait

Correspondante à New York

En 2004, quasiment inconnu mais conscient de son originalité dans le paysage politique américain, Barack Obama décrivait "l’espoir du gamin maigrichon avec un drôle de nom qui croit que l’Amérique a une place pour lui aussi".

Quatre ans plus tard, Colin Powell, ancien secrétaire d’Etat de George W.Bush et une des personnalités les plus influentes du pays, parle de celui qui a des chances d’être le premier Noir à accéder à la Maison-Blanche comme d’une "figure transformationnelle".

Le thème de l’inclusion émaille les allocutions du candidat démocrate de 47 ans. Après avoir décrit sa vision d’une Amérique post-raciale, le jeune sénateur de l’Illinois dessine aujourd’hui une carte des Etats-Unis qui ne serait ni rouge ni bleue. "Il n’y a pas la vraie Amérique et la fausse Amérique. Nous ne sommes pas séparés entre les régions pro-américaines et anti-américaines. Nous aimons tous ce pays, quel que soit l’endroit où nous vivons et d’où nous venons".

Pourquoi les paroles de celui "qui ne ressemble pas aux présidents sur les billets de banque", résonnent-elles à ce point aux quatre coins des Etats-Unis? Peut-être parce que ce candidat atypique est taillé pour son époque

"Sortie de nulle part, l’ascension de Barack Obama montre à quel point de nombreux Américains aspirent à trouver un dirigeant qui les inspire et qui puisse guérir les divisions du pays: raciales, politiques, culturelles, spirituelles", écrit le journaliste David Mendell, dans sa biographie du candidat, "Obama, De la promesse à l’espoir".

Enfant noir qui grandit au milieu des Blancs, il sait de façon innée concilier les genres.

Etudiant brillant, il devient, en 1988, le premier Africain-américain à diriger la prestigieuse revue de la faculté de Droit d’Harvard. Dans cet univers où les débats sont exacerbés, Barack Obama s’efforce que tous les points de vue soient représentés. "C’était un groupe fragmenté, avec de fortes têtes. Il l’a mené avec une compétence considérable et beaucoup de finesse", se souvient Brad Berenson, qui participait à la revue, avant de travailler quelques années plus tard dans l’administration Bush.

Qu’il soit travailleur social à South Side, la banlieue pauvre de Chicago, ou sénateur dans les quartiers de la Nouvelle-Orléans dévastés par Katrina, cet intellectuel est attentif aux détails et sait se mettre à la portée de tous. "Barack était le jeune homme le plus sérieux que j’ai jamais rencontré. Il n’élevait jamais la voix, était toujours respectueux. Il était très éduqué, mais ne regardait jamais personne de haut", raconte Loretta Augustine-Herron, qui l’a rencontrée à ses débuts à Chicago.

Dans sa biographie, David Mendell décrit un homme qui forge ses opinions prudemment au point que celles-ci apparaissent souvent universelles, mais risquent aussi de perdre de leur substance.

Arrivé au Sénat avec le statut de célébrité en 2004 après son discours à la Convention démocrate, le politicien ambitieux aurait pu, selon un ami "provoquer un tourbillon d’attention autour de lui". Il choisit de faire profil bas, de manœuvrer avec déférence et humilité, d’amadouer l’élite de Washington, pour construire les fondations de son avenir politique. "Je pense qu’il est important de faire les choses lentement", dit-il alors à ses conseillers. "Je veux me faire aimer".

Son style est resté le même: demander conseil, écouter, prendre des décisions prudentes, rechercher les consensus. Quoi d’étonnant donc qu’il était, au début des primaires, le Démocrate le plus apprécié du camp républicain?

De par son âge, il est aussi une figure transgénérationnelle.

Né en 1961, soit à la fin du Baby-boom, Barack Obama n’est pas marqué par la décennie de la lutte raciale et de la guerre au Vietnam. Il est arrivé sur la scène politique nationale, comme sénateur de l’Illinois, il y a moins de quatre ans, dans une période de décadence et de déclin conservateur.

Vierge des cicatrices du passé, il se présente comme le candidat capable de transcender le climat envenimé de Washington et d’unir les Etats-Unis après huit ans d’administration Bush.

Son opposition initiale à la guerre en Irak, aujourd’hui très impopulaire, marque aussi une rupture avec le passé.

Son histoire est aussi riche et compliquée que celle des Etats-Unis. Il porte en lui les rêves de son père, un immigrant kenyan, et les idéaux d’égalité de sa mère, née au cœur de l’Amérique blanche ségrégationniste. Il a été élevé par ses grands parents dans un appartement modeste d’Honolulu ainsi qu’à Jakarta, en Indonésie, avec son beau-père, sa mère et sa demi-sœur Maya.

Il a acquis son identité afro-américaine sur le tard, mais a le soutien aujourd’hui de 90 pc de la population noire américaine. Ces derniers mois, il a rompu quelques-unes de ses promesses, comme celle de renoncer au financement privé de sa campagne. Mais son slogan de changement séduit.

"Les gens ne sont pas attirés par Obama pour ce qu’il a fait", dit Bruce Reed, un observateur démocrate. "Ils sont attirés par l’espoir de ce qu’il pourrait être".

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