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Etats-Unis - présidentielle
John McCain: "J’étais mon pays"
Stéphanie Fontenoy
Mis en ligne le 04/11/2008
portrait
Correspondante à New YorkJohn McCain tiendrait deux choses plus que toutes en horreur. D’abord, les étiquettes. "Ne me contrôle pas, c’est ma campagne après tout", a coutume de répondre le candidat républicain à son stratège de campagne, Steve Schmidt. Ensuite, la guerre. "Je déteste les guerres. Elles sont terribles au-delà de l’imagination", déclarait le candidat républicain à la Convention républicaine de Minneapolis début septembre.
Pourtant, alors qu’il brigue la Maison-Blanche à 72 ans, c’est son profil de "commander in chief" qui est devenu son plus gros argument de vente. Le rebelle aurait-il fini par se laisser formater par son parti afin d’accéder à la fonction suprême, au risque d’en perdre son naturel? Une question légitime quand on compare le candidat McCain de 2008 à celui de 2000, quand il faisait campagne face à George W.Bush. Bien que perdant il y a huit ans, il était sorti de la bataille comme la figure politique la plus populaire du pays. Ses positions en rupture avec l’actuel président, sur les cadeaux fiscaux pour les riches et la torture, pour l’assainissement du financement des campagnes électorales, et ensuite en faveur de la réduction des gaz à effet de serre et d’une politique d’immigration plus "compréhensive", en avaient fait un exemple d’indépendance et d’intégrité, d’homme politique au-dessus des partis.
Des qualités devenues difficiles à porter, quand on endosse le maillot de nominé, et qu’il faut fédérer autour de soi tous les Républicains, notamment les plus conservateurs. Alors que le sénateur de l’Arizona refusait il y a quelques années d’être catalogué - "Je ne veux pas être un prisonnier de guerre professionnel" avait-t-il notamment déclaré - son passé de vétéran du Vietnam et son "sacrifice" pour la nation ont fini par le définir presque entièrement.
"Le pays d’abord" est le slogan de sa campagne, tiré directement de son calvaire personnel, il y a quarante ans. "Je suis tombé amoureux de mon pays quand j’étais prisonnier dans un autre. Je n’ai jamais plus été le même. Je n’étais plus moi. J’étais mon pays", a-t-il dit lors de son discours d’investiture. Son épreuve, connue de tous, a forgé sa vision de la société américaine et de la place des Etats-Unis dans le monde.
Fils et petit-fils d’amiral, ce pilote tombe dans les mains ennemies en 1967 après le crash de son avion. Il n’en sortira que cinq ans plus tard. Coupé du monde et torturé, il ne connaîtra ni l’insoutenable guerre d’usure dans la jungle vietnamienne, ni la désapprobation de l’opinion publique américaine, les manifestations et les bouleversements politiques de la fin des années 60. Libéré en 1973, ce patriote acharné en restera persuadé que la guerre aurait pu être gagnée, au besoin si la tactique employée avait été différente. Chaud partisan de l’invasion de l’Irak, il est, cinq ans plus tard, le seul vétéran du Vietnam au Congrès à parier sur la victoire américaine.
Entré en politique en 1982, avec le soutien de la riche famille de sa deuxième épouse, Cindy, l’héritière des bières Hensley, une filiale du géant Ahneuser-Busch, il a été réélu sans discontinuer depuis au Congrès. Ses coups de gueules et coups de pieds lui ont valu la réputation d’électron libre au sang chaud. On apprend, dans ses mémoires, écrites avec son biographe de toujours, Mark Salter, que le sénateur de l’Arizona prend ses décisions de manière "instinctive, souvent impulsive". "Je ne me torture pas avant de prendre des décisions. Je les prends aussi vite que possible, plus vite que mon entourage si je peux".
Un trait de caractère illustré en septembre quand John McCain a décidé abruptement d’interrompre sa campagne pour mieux prendre en main la crise financière et négocier un compromis à Washington. Deux jours plus tard et sans accord au Congrès, il reprenait sa campagne. Un comportement "erratique", dénonce l’équipe rivale.
En choisissant la gouverneure de l’Alaska, Sarah Palin, comme colistière, John McCain a par ailleurs attiré les doutes sur sa capacité de jugement. Deux mois après cette sélection surprise, l’incompétence de Sarah Palin est pointée du doigt jusque dans l’aile conservatrice du Parti républicain, et par 59 pc des Américains.
Les fidèles de John McCain à Washington disent ne plus reconnaître leur héros. Ils dénoncent les tactiques de son équipe, dirigée depuis l’été par Rick Davis, un protégé de Karl Rove, l’architecte des victoires de George W.Bush en2000 et2004. L’esprit négatif des derniers mois est largement imputé à M.Davis, en contradiction avec le vœu de M.McCain, en 2000, de mener une campagne "dont ma fille pourrait être fière".
Miraculé de la vie et de la politique (en août dernier, sa candidature était donnée pour morte), John McCain ne se sent jamais mieux que dans son rôle d’outsider. A la traîne dans les sondages, il rassure ses troupes: "Nous sommes exactement dans la position où nous voulons être". Quand il pratiquait la boxe à l’école navale d’Annapolis dans sa jeunesse, il était connu pour encaisser beaucoup avant d’asséner le coup de grâce à son adversaire. S’il a été comparé à un phénix qui renaît de ses cendres, il affirme avoir cultivé, comme pilote puis prisonnier de guerre, un détachement stoïque face à la victoire et à la défaite. "J’ai tendance à être fataliste par rapport à ces choses-là".
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