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Congo-Kinshasa
Le Rwanda prend ses distances avec Nkunda
M.F.C. (avec AFP et Belga)
Mis en ligne le 13/12/2008
Le commissaire européen au développement et à l'aide humanitaire, Louis Michel, a assuré samedi que le président rwandais Paul Kagame prenait "de la distance" par rapport au chef rebelle congolais Laurent Nkunda, dont un rapport de l'ONU affirme pourtant qu'il est soutenu par Kigali.
Le président "Kagame m'a demandé d'utiliser un ton dur envers Nkunda, qui l'a mal pris", a affirmé M. Michel samedi à Bruxelles à son retour d'une visite de deux jours à Kigali et à Kinshasa, durant laquelle il a rencontré les présidents rwandais et congolais ainsi que le général tutsi Laurent Nkunda dans son fief du Nord-Kivu (est de la République démocratique du Congo).
"Kagame prend de la distance par rapport à Nkunda", a-t-il ajouté devant quelques journalistes, assurant y voir "une fenêtre d'opportunité" pour mettre fin au drame dans l'est de la RDC. "Quand un leader défend une juste cause, c'est légitime. S'il défend sa propre cause, c'est un vulgaire chef de guerre", était le message de M. Kagame que le commissaire européen a transmis en son nom à Laurent Nkunda. Celui-ci a été "surpris" par le ton de ce message, a souligne M. Michel.
Selon un rapport de l'ONU publié vendredi, le Rwanda a fourni un soutien en hommes, notamment dans le recrutement d’enfants soldats, et en fonds au Congrès national pour la Défense du Peuple (CNDP) de Laurent Nkunda, ce que Kigali a toujours nié jusqu'à présent.
Kigali a également "envoyé des officiers et des unités des Forces de défense rwandaises en territoire congolais pour soutenir le CNDP", précise-t-il.
Bras de fer feutré
L’apaisement du CNDP a été obtenu notamment grâce à la mission de bons offices du commissaire européen Louis Michel, qui a rencontré Laurent Nkunda dans son fief pour lui dire "qu’il devait d’abord se focaliser sur les problèmes qui font le conflit à l’est (du Congo) et pas généraliser les débats". M.Michel, d’abord passé par Kigali, avait reçu un appui du président Kagame qui "m’a autorisé à dire à M.Nkunda que [] son exigence d’avoir une négociation globale sur tous les problèmes de la RDC était inadéquate".
Louis Michel remporte ainsi une manche dans son bras de fer avec le ministre belge des Affaires étrangères, Karel De Gucht (lire ci-contre). Alors que le premier insiste, en effet, pour "donner une chance au dialogue politique", le second continue, à Bruxelles, à tenter d’obtenir une force armée européenne pour le Kivu. Or ce projet n’avance pas.
Jeudi soir, les 27 ont discuté des options "techniques" proposées par le chef de la diplomatie de l’UE, Javier Solana. Premièrement: l’envoi de "groupements tactiques" européens (1 500 hommes déployables en deux semaines) qui sont actuellement germano-britanniques. Deuxièmement: l’envoi d’une force européenne spécifique.
Ces deux options requièrent une décision unanime des 27 et un financement commun. Or l’Allemagne et la Grande-Bretagne sont opposées à l’envoi d’une force européenne au Kivu. Elles ont été rejointes, jeudi soir, par le président Sarkozy, qui souligne: "Est-ce qu’il ne vaut pas mieux faire appel d’abord à des forces régionales quasiment installées plutôt qu’à des forces européennes?" - et de citer l’Angola, proche allié de Kinshasa. "Le président Dos Santos m’a dit que l’armée angolaise - et vous connaissez son efficacité - est prête à s’engager pour la paix à condition que ce soit sous mandat de l’Onu".
Ce qui n’a pas empêché M.Sarkozy de jeter une nouvelle pierre dans le jardin des casques bleus au Congo, très critiqués pour leur inefficacité: "Quand il y a déjà 17000 soldats et qu’on m’explique qu’il n’y en a que 800 qui servent, je me demande si c’est la peine d’en envoyer 3 000 de plus", conformément à ce que prévoit une récente résolution du Conseil de sécurité de l’Onu.
Reste la troisième option proposée par M.Solana: l’action individuelle d’un ou plusieurs Etat membres de l’UE, qui irait renforcer ponctuellement la Monuc (Mission de l’Onu au Congo). Les 27 se sont séparés sans prendre de décision.
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