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Génocide rwandais
L’homme de l’apocalypse
Marie-France cros
Mis en ligne le 19/12/2008
Le colonel Théoneste Bagosora, 67 ans, est considéré comme le "cerveau" du génocide rwandais. L’historienne américaine Alison Des Forges, spécialiste du sujet, souligne que si les militaires furent moins nombreux que les civils à tuer, ils "donnèrent l’autorisation, montrèrent l’exemple et ordonnèrent à d’autres de tuer". Ils "jouèrent un rôle décisif en déclenchant le massacre et en l’orchestrant" et leur participation systématique et à grande échelle aux tueries pendant toute la durée du génocide "démontre que leur rôle fut dicté ou approuvé par les plus hautes autorités à l’échelon national" (1) .
Selon le TPIR, Bagosora est l’homme qui a, de facto, pris le contrôle des affaires politiques et militaires du Rwanda dans les heures qui ont suivi l’attentat contre l’avion présidentiel, le 6avril 1994 au soir. Il répond donc, à ce titre, des actes commis par les militaires subalternes. Une charge que l’accusé a contestée durant le procès en se retranchant, en vain, derrière son poste officiel de simple directeur de cabinet.
Le général des casques bleus, Romeo Dallaire, a témoigné de ce qu’il avait, dans les premiers jours du génocide, proposé au colonel Bagosora de l’aider à calmer les soldats qui massacraient mais que le Rwandais avait décliné l’offre. L’officier canadien a souligné devant le TPIR le calme de Bagosora ("tout se passait comme si cela avait été planifié") et indiqué que ce dernier l’avait menacé de son arme à deux reprises entre avril et juin1994.
Préparer l’apocalypse
Fils d’un maître d’école de Giciye (Gisenyi), Bagosora était passé du petit séminaire catholique à l’Ecole des officiers. Il était considéré comme un des membres de l’akazu (cercle de pouvoir informel, autour de l’épouse du président, Agathe Habyarimana (2), plus puissant que le pouvoir formel), ce qui lui donnait un pouvoir que sa fonction de directeur de cabinet au ministère de la Défense ne laisse pas supposer.
C’est à ce titre que sonne sinistrement le "je vais préparer l’apocalypse" qu’il aurait prononcé lors de la signature des accords de paix d’Arusha (été 1993), qui partageaient le pouvoir entre les différents camps politiques au Rwanda et la guérilla tutsie du FPR (Front patriotique rwandais).
Bagosora avait été arrêté au Cameroun en 1996 et transféré au TPIR en 1997. Sa longue détention avait justifié une demande de libération provisoire, que le TPIR avait refusée en juillet2002, au motif qu’elle représentait une menace pour les témoins et pour la population. Le procès avait débuté en septembre2002.
Comme plusieurs autres avocats de la défense, le conseil de Bagosora avait mis en doute qu’il y ait eu un génocide au Rwanda, un fait que le TPIR considère comme établi. Bagosora préfère parler de "massacres excessifs", dans lesquels il nie avoir une responsabilité ; il n’avait tout simplement, dit-il, pas assez de troupes "pour pacifier derrière les lignes" de confrontation avec le FPR.
(1) Voir son livre "Aucun témoin ne doit survivre".
(2) Marraine de la fille aînée de Bagosora, ce qui le rapproche de Juvénal Habyarimana, qu’il aidera à prendre le pouvoir en 1973.
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