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Afghanistan
Des milices anti talibans, l'idée américaine qui fait peur
AFP
Mis en ligne le 05/01/2009
Former des milices locales contre les talibans, comme cela a été fait avec un certain succès en Irak: l'idée promue par les Etats-Unis a suscité un tollé à Kaboul, qui garde un souvenir noir des milices des années 1990, forçant ses promoteurs à un recul embarrassé.
Officiellement, l'idée émane du gouvernement afghan. Mais ce sont ses alliés américains qui en font la promotion, espérant ainsi inverser la tendance face à à la rébellion des talibans et autres groupes armés qui gagnent du terrain. Le 30 décembre, l'ambassadeur américain à Kaboul, William Wood, a déclaré travailler avec le gouvernement afghan à un programme visant à aider "les communautés locales, souvent démunies et enclavées, à mieux se protéger" des insurgés en leur permettant de créer leurs propres "gardes communautaires".
Ces derniers seront selon lui entraînés, équipés et soutenus par les troupes internationales pour pouvoir répliquer "en toute confiance" aux insurgés. M. Wood a toutefois a assuré que son pays ne prévoyait "pas de fournir des armes à qui que ce soit", suscitant de légitimes interrogations sur la manière dont ces gardes vont pouvoir se défendre face à des rebelles très bien armés. Côté afghan, la Direction indépendante de la gouvernance locale (IDLG), un organisme public créé par le président Hamid Karzai, est à la manoeuvre.
Selon son directeur adjoint, Barna Karimi, les "gardes communautaires" pourraient être choisis par les conseils locaux (chouras), une institution traditionnelle malmenée par les conflits et que l'IDLG veut revitaliser dans tout le pays d'ici 2010. L'IDLG a déjà lancé un programme pilote dans le Logar et le Wardak, a précisé M. Karimi. Deux provinces stratégiques situées au sud de Kaboul, tombées récemment dans l'insécurité chronique et où les Etats-Unis ont décidé de déployer des renforts cette année. Sentant peut-être venir la polémique, M. Wood comme l'IDLG se sont défendus de vouloir recréer des "milices tribales".
Ces précautions n'ont pas empêché une levée de bouclier contre cette idée jugée dangereuse. Le président Karzai a fermement dénoncé cette "mauvaise idée" qui va "encore plus ruiner le pays". Une position surprenante, MM. Wood et Karimi, promoteurs de cette idée, ayant tous deux souligné qu'ils travaillaient de concert avec lui sur se dossier. Et qui donne du grain à moudre à ceux qui dénoncent le "double jeu permanent" de M. Karzai vis-à-vis de son allié américain. Nombre d'observateurs soulignent qu'il vaut mieux renforcer la police et l'armée plutôt que refaire l'erreur du gouvernement communiste de la fin des années 1980. Pour appuyer ses forces de sécurité défaillantes, celui-ci avait créé des milices tribales qui finirent par se retourner contre lui, ouvrant la voie à une féroce guerre civile à laquelle elles se livrèrent de bon coeur.
"Ce projet nous inquiète", euphémise Nader Nadery, de la Commission indépendante afghane ces droits de l'Homme. "Ces milices vont finir par s'entretuer", s'emporte le députe Ahmed Joyenda. "On est absolument contre. Quoiqu'on dise, ces gardes seront forcément armés, et ce seront forcément les Américains qui leurs donneront les armes, avec le risque de les voir retournées contre eux", tempête un cadre onusien, qui soupçonne de plus l'IDLG de travailler en sous main auprès des communautés locales dans le seul but de "faire réélire Hamid Karzai cette année".
La polémique aurait-elle porté? Il serait désormais question de remplacer les "gardes communautaires" par des "policiers auxiliaires" placés sous la coupe du ministère de l'Intérieur, selon plusieurs sources proche du dossier. "Le sujet est en discussion", s'est contenté de répondre le porte-parole du ministère, Zemarai Bashary, un rien sibyllin. Bien qu'intégrée à l'Etat, la solution policière ne serait toutefois pas sans risques, la police restant, de l'avis général, l'une des administrations les plus corrompues d'Afghanistan.
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