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Birmanie
Ban Ki-Moon ferait bien d’attendre
Philippe Paquet
Mis en ligne le 03/02/2009
Sans donner l’impression de se décourager, l’émissaire du secrétaire général des Nations unies pour la Birmanie, le Nigérian Ibrahim Gambari, achève ce mardi sa septième mission de bons offices dans le pays. Si ses entretiens ont été plus nourris que la dernière fois, les observateurs doutent pourtant de plus en plus de l’utilité de ses démarches, la junte birmane paraissant toujours aussi hostile à une démocratisation du régime.
Après avoir rencontré, au cours du week-end, des responsables du gouvernement birman et des diplomates en poste à Rangoon, et avant de s’envoler ce mardi pour Naypidaw, la nouvelle capitale, M. Gambari a pu s’entretenir, pendant plus d’une heure, lundi, avec Aung San Suu Kyi et la direction de la Ligue nationale pour la démocratie (NLD), le principal parti d’opposition birman, dépossédé par la junte de sa victoire aux législatives de mai 1990.
Lors de la précédente visite de M. Gambari, en août 2008, Aung San Suu Kyi avait exprimé l’exaspération de ses partisans en refusant de recevoir l’envoyé spécial de l’Onu. En d’autres occasions, ce furent les militaires au pouvoir qui empêchèrent parfois pareille rencontre.
Constitution controversée
L’opposition birmane reproche aux Nations unies de sembler cautionner la "feuille de route vers la démocratie" ("democracy roadmap") élaborée unilatéralement par la junte. Ce plan prévoyait l’adoption d’une nouvelle Constitution à la faveur d’un référendum organisé l’an dernier alors que la population birmane était encore sous le choc des dévastations causées par le cyclone Nargis. Cette Constitution consacre et pérennise désormais l’influence de l’armée dans la vie politique du pays.
Le plan prévoit par ailleurs des élections générales l’an prochain, mais l’opposition a tout lieu de penser que ce scrutin sera tout sauf libre et honnête. Elle en veut pour preuve le maintien en détention de plus de 2000 prisonniers d’opinion. La répression des seules manifestations de l’automne 2007 a conduit à plus de 270 condamnations à de (très) lourdes peines de prison.
Sur ce point, Aung San Suu Kyi a été très claire. Alors qu’on évoque une possible visite de Ban Ki-Moon en Birmanie pour y inciter la junte à jouer le jeu de la démocratie, la figure de proue de l’opposition estime qu’une telle visite ne peut être envisagée qu’après la libération de tous les prisonniers politiques et la levée de l’assignation à résidence dont elle fait elle-même l’objet.
Le secrétaire général de l’Onu s’était rendu une première fois en Birmanie en mai 2008 pour évaluer de visu les dégâts causés par Nargis. Ce voyage a visiblement accru son intérêt pour le pays et sa volonté de parvenir à un règlement d’une crise politique vieille de vingt ans qui a mis ce pays du Sud-Est asiatique au ban des nations.
Le retour du pavot
L’Onu a d’autres raisons de s’intéresser à la Birmanie. Un rapport de son Bureau de lutte contre la drogue et la criminalité révélait lundi que la production d’opium y était en hausse, en 2007, pour la deuxième année consécutive. Après avoir baissé de 87 pc pendant la décennie 1996-2006, la culture du pavot a enregistré une hausse de 26 pc depuis lors et occupe maintenant quelque 28 500 hectares de terres birmanes.
La misère dans les campagnes les plus reculées explique sans doute l’attrait d’une production de plus en plus lucrative (le prix de l’opium, explique le rapport de l’Onu, est passé de 153 dollars le kilo en 2004 à 301 dollars le kilo en 2008). Les militaires birmans n’en ont pas moins été accusés jadis de tolérer, voire d’encourager, cette culture, jusqu’à ce que la Chine, par où transite clandestinement une partie de la production, s’alarme d’une progression spectaculaire de la consommation de drogue sur son territoire et fasse pression sur la junte.
Car Pékin est devenu le principal allié de la Birmanie et c’est probablement dans la capitale chinoise, plutôt qu’à Rangoon, que l’Onu devrait chercher les clés d’une solution à l’impasse politique créée par les généraux birmans.
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