Tensions dans le couple Dmitri Medvedev - Vladimir Poutine

Le duumvirat russe se fissure. "Le fond de la crise financière mondiale n'est pas encore atteint, et la Russie se doit de remodeler son économie pour être en mesure d'affronter la crise suivante."

Boris Toumanov
Tensions dans le couple Dmitri Medvedev - Vladimir Poutine
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Correspondant à Moscou Le duumvirat russe se fissure. "Le fond de la crise financière mondiale n'est pas encore atteint, et la Russie se doit de remodeler son économie pour être en mesure d'affronter la crise suivante." Cette lapalissade prononcée vendredi par Dmitri Medvedev à la réunion du Conseil d'Etat n'en est pas une, car, en réalité, "un remodelage de l'économie russe" ne peut sous-entendre qu'une révision révolutionnaire "du capitalisme de favoritisme" établi en Russie sous la présidence de Vladimir Poutine.

Depuis le début de cette année, le président donne l'impression de grignoter prudemment l'autorité et l'influence de son prétendu tuteur. Sans nommer M. Poutine, il a déjà critiqué son gouvernement dont il a trouvé l'efficacité "insuffisante". Il a également dénoncé "le manque de discipline au sein du pouvoir exécutif".

Certaines démarches du chef de l'Etat auraient été impensables à l'époque de son prédécesseur, comme par exemple le fait d'avoir reçu au Kremlin Mikhaïl Gorbatchev et Dimitri Mouratov, rédacteur en chef de "Novaya Gazeta", venus lui parler de l'assassinat de l'avocat Stanislas Markelov et de la journaliste Anastasia Babourova. Sans contredire M. Mouratov, qui a protesté contre la discrimination à la télévision d'Etat des représentants libéraux, M. Medvedev a de surcroît qualifié ce phénomène "de reliquat du passé".

Partis du pognon et du sang

Ces symptômes de clivage apparus au sein du duumvirat russe s'inscrivent logiquement dans l'évolution de la situation politique en Russie. Depuis un certain temps, l'élite russe n'est unanime que dans la constatation du fait que la crise actuelle mène inévitablement à une déstabilisation sociale qui menace à son tour de compromettre la stabilité politique.

Mais cette même élite, qui tient avant tout à conserver son confort, est de plus en plus divisée quant au choix des remèdes. Ce litige, encore plus ou moins implicite, oppose deux factions du pouvoir que les journalistes russes ont déjà surnommées le "parti du pognon" et le "parti du sang". Dans le premier cas, il s'agit des partisans de M. Medvedev, qui préconisent le retour à une démocratisation du régime permettant une modernisation de l'économie russe. Leurs opposants, protégés de M. Poutine, prônent le retour à ce qu'ils appellent le "stalinisme moderne", c'est-à-dire l'instauration d'une sorte d'état de siège permettant au pouvoir de mobiliser les masses à sa guise.

Dans ce contexte, le SMS que le président Medvedev a envoyé jeudi à Wolfgang Pichler, entraîneur de la sélection suédoise de biathlon, dément le discours anti-occidental très en vogue ces derniers temps au sein du pouvoir et de la société russes. Les sportifs suédois, qui avaient sévèrement critiqué leurs collègues russes, dopés et suspendus, ont été menacés de mort et avaient l'intention de renoncer à la Coupe du monde en Sibérie. Le message de M. Medvedev représente une véritable douche froide pour les chauvins russes. Il a non seulement garanti à M. Pichler la sécurité absolue pour son équipe mais l'a aussi assuré de mener une lutte sans compromis contre l'usage du dopage.

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