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sommet UE

Au communisme a succédé une foi aveugle dans le libéralisme

solenn paulic

Mis en ligne le 28/02/2009

Les pays de l’est de l’Europe ont cru trop longtemps à l’invincibilité de la main invisible du marché.

Jacques Rupnik est directeur de recherches au CERI-SciencesPo, à Paris et spécialiste des pays d’Europe centrale et orientale.

Comment s'expliquer la chute si rapide de la Hongrie et de la Lettonie, pour prendre les deux exemples les plus marquants ?

Tout d’abord, leur caractéristique principale des dix dernières années était la présence de forts investissements et de banques occidentaux, leur secteur bancaire est d’ailleurs presque entièrement aux mains des Occidentaux (lire ci-contre). Ce sont ces investissements qui ont fait leur forte croissance ces dernières années. Les entreprises occidentales pariaient sur l’adhésion à l’UE, ont profité d’une main-d’œuvre bon marché, d’un faible taux d’imposition. Or avec la crise, ces investissements ont été "rapatriés", ce qui a du coup affaibli la monnaie et rendu extrêmement difficile les prêts contractés par ces pays en euros. C’est bien pour cela qu’ils ressentent à présent un sentiment d’injustice. Ensuite, il y a la manière dont on a géré les choses pendant la période de croissance et l’on ne s’est pas abrité des déconvenues.

L’autre élément important est aussi la foi inébranlable dans l’économie de marché. Il y a eu une telle confiance dans le libéralisme après le communisme qu’on ne pouvait imaginer cette crise ni que le capitalisme puisse tomber malade. Et pourtant, l’affaire des subprimes qui a été la prémisse a déjà deux ans. Pendant tout ce temps, ces pays n’ont rien voulu voir.

Dans cette posture idéologique, comment expliquer que tous les pays de l'Est ne soient pas touchés de la même façon ?

La République tchèque ou la Slovaquie ont le secteur automobile, une solide base. Et la première, par exemple, n’a jamais réussi à développer son secteur bancaire ni, ironiquement, à proposer des produits financiers élaborés, d’où une certaine immunisation. Les fondamentaux sont donc différents mais ce qui est très visible également, c’est aussi la divergence de leur réponse. La Hongrie et la Lettonie appellent à l’aide, tandis que la République tchèque ou la Pologne n’étaient jusqu’ici pas de ceux qui souhaitent des plans de sauvetage à 100 milliards d’euros, ni une vraie réponse européenne coordonnée à la crise.

Quelles sont les solutions pour les plus touchés ?

Appartenir à la zone euro joue un rôle évidemment; la Slovaquie est heureuse d’en faire partie. Le mécanisme européen de solidarité jouera de toute façon et l’économie totale des nouveaux pays membres ne représente finalement que 5 pc du PNB des Pays-Bas. Les sauvetages ne seront pas trop douloureux. Mais il faudrait enfin aller vers une réponse coordonnée à la crise. Là, les choses pourraient être plus difficiles pour les pays de l’Est car ce serait aussi se retrouver avec une nouvelle gouvernance économique européenne. Ils n’y sont sans doute pas préparés. La crise repose bien la question du degré d’intégration européenne. Et c’est tout le défi pour certains qui ne pourront plus à la fois faire jouer la concurrence fiscale et invoquer la solidarité de l’Union.

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