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Édito
Soudan : penser aux victimes
Mis en ligne le 05/03/2009
Avec le premier mandat d’arrêt lancé par la Cour pénale internationale contre un chef d’Etat en exercice pour des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité présumés, la lutte contre l’impunité a fait un nouveau pas en avant, mercredi. Il faut s’en féliciter. Chaque acte qui met en difficulté, fragilise, contrecarre un auteur de violations des droits de l’homme est un progrès pour l’humanité.
On se gardera évidemment de clore hâtivement le procès du président soudanais Omar el-Béchir. La justice décidera peut-être un jour de son sort. Prévaut en tout cas la conviction que les atrocités commises depuis 2003 par le pouvoir soudanais et ses forces supplétives dans la province rebelle du Darfour (300 000 morts) ne peuvent rester impunies. La Cour pénale internationale, dont nous avions salué la création en 2002, est tenue d’en débusquer les responsables et de les juger, en vertu de la mission que la communauté internationale lui a assignée. La décision de mercredi contribue donc à asseoir sa crédibilité, notamment en apportant une réponse à ses détracteurs qui lui reprochaient de ne s’en prendre qu’à des sans-grade, rebelles et non dirigeants.
Applaudir aux avancées de la lutte contre l’impunité n’autorise cependant pas à éluder les questions que, dans le cas d’espèce, suscitent les effets pervers potentiels de la décision de la CPI. La guerre au Darfour va-t-elle reprendre ? Les processus de paix dans la province occidentale et au sud du Soudan vont-ils être enterrés ?
Les prochaines semaines, les prochains mois permettront de jauger les conséquences de l’inculpation du Président soudanais. Les intérêts des victimes, particulièrement les populations civiles, doivent être sauvegardés en priorité. Et si aujourd’hui, leurs représentants et elles-mêmes se réjouissent de la mise en cause d’Omar el-Béchir, le devoir de la communauté internationale sera de s’assurer que leurs attentes sont toujours rencontrées demain. Le Conseil de Sécurité de l’Onu a le pouvoir de suspendre la décision de la Cour pénale. Il serait criminel de ne pas user de cette faculté si la paix paraît à portée de main pour des millions de personnes, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Ainsi pourraient être conciliés la quête de la paix et le combat contre l’impunité.
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