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Israël
"Il n’est pas le monstre que vous croyez"
Renée-Anne Gutter
Mis en ligne le 01/04/2009
Que les chancelleries étrangères se rassurent, dit l’entourage d’Avigdor Lieberman, le nouveau ministre des Affaires étrangères n’est pas le monstre que l’on croit. La diplomatie israélienne ne se fait pas de souci pour l’image qu’aura cet originaire de Moldavie dans les pays de l’Est. "Ivet" est un habitué de l’ex-URSS, tant pour les affaires privées que pour les relations avec les communautés juives. Mais c’est son unique atout dans l’immédiat. Ailleurs sur la scène internationale, les porte-parole israéliens vont s’appliquer à faire oublier ses positions anti-arabes.
Certes, cet ancien videur de boîte de nuit, qui vit aujourd’hui en territoire palestinien occupé, a appelé dans le passé à envoyer le président Moubarak "au diable", à bombarder le barrage égyptien d’Assouan si les armées arabes attaquaient Israël, à noyer les prisonniers palestiniens dans la mer Rouge, à exécuter les députés arabes israéliens qui rencontrent des membres du Hamas. Mais il ne s’oppose pas à la création d’un Etat palestinien. Et s’il prône le transfert des Arabes israéliens, c’est dans le cadre d’un éventuel échange de territoires avec la future Palestine. Echange en vertu duquel Israël annexerait les grands blocs d’implantation juive en Cisjordanie et donnerait aux Palestiniens son "triangle arabe", cette zone dans le centre du pays qui jouxte la Cisjordanie et est peuplée majoritairement de citoyens israéliens arabes.
Il se dit même prêt dans le cadre d’un accord de paix à quitter sa propre colonie, Nokdime près de Bethléem, où il vit depuis de nombreuses années.
Dans un livre publié en 2003, il expose son credo : redéfinir la réalité géopolitique entre la Méditerranée et le Jourdain, en partageant la Palestine historique en deux Etats, Israël et Palestine, avec déplacement du tracé frontalier en fonction des populations sur place. Il serait même prêt à partager Jérusalem en laissant aux Palestiniens les quartiers et banlieues de la ville arabe. S’il veut obliger les citoyens arabes d’Israël à jurer allégeance à Israël ou partir, c’est, dit-il, parce qu’il tient à ce qu’Israël demeure un Etat "sioniste, juif et démocratique". Et comme il l’a encore écrit récemment dans un journal new-yorkais, cela ne l’empêche pas de vouloir parallèlement la création d’un Etat Palestinien "viable".
Des affaires avec Arafat ?
"Ivet" se targue aussi d’avoir des amis palestiniens. En 2000, avant le déclenchement de la seconde intifada, Mohammad Dahlane (alors homme fort du Fatah) avait dit à Yossi Beilin (alors ministre de gauche dans le gouvernement Barak) que Lieberman était "une clé pour la paix" et que le camp de la paix israélien "avait tort de le repousser". Selon l’ex-ambassadeur des Etats-Unis en Israël, Martin Indyk, M. Lieberman aurait même mené à la fin de l’administration Clinton un dialogue secret avec un conseiller de M. Arafat, Mouhammad Rachid, et ce dernier aurait obtenu son soutien pour le compromis territorial qu’Ehoud Barak était alors en train de négocier à Camp David.
Autre forme d’"amitié" : une firme qu’Avigdor Lieberman avait créée en 1997 aurait même fait en 2000 et 2001 - selon le quotidien "Ha’aretz" - des affaires lucratives avec des officiels de l’Autorité palestinienne de Yasser Arafat dans le commerce de bois et d’autres matériaux de construction. Et cela, alors que M. Lieberman était déjà député à la Knesseth et qualifiait Arafat de Ben Laden. Aujourd’hui, c’est dans le Hamas, le Hezbollah et l’Iran qu’il voit le diable. Mais en cela, la plupart des Israéliens le rejoignent.
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