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G20
Arnaud Zacharie : "dollar ou bancor ?"
Patrick Van Campenhout
Mis en ligne le 02/04/2009
- Interview d'Arnaud Zacharie 1
- Interview d'Arnaud Zacharie 2
- Interview d'Arnaud Zacharie 3
Entretien
Arnaud Zacharie, Secrétaire général du CNCD - 11.11.11 CNCD) (Centre national de la Coopération au Développement) a son avis sur les grands thèmes abordés au cours de ce G20. Et à cet égard, il en est un qui déchaîne les passions : les paradis fiscaux.
Dans les grands thèmes abordés au cours de ce G 20, il en est un qui déchaîne les passions: les paradis fiscaux. Est-il vraiment nécessaire de s'en préoccuper?
C'est un préalable aux régulations financières. Il faut créer de la transparence, alors que les paradis fiscaux créent de l'opacité financière et des manques à gagner en matière de fiscalité. C'est d'autant plus important que les états injectent des milliards d'euros ou de dollars dans les plans de relance. On en parle depuis longtemps: c'est là que l'on trouve les deux tiers des fonds spéculatifs, et c'est là aussi que les banques ont logé des sociétés appelées « véhicules spéciaux financiers » dans lesquels elles ont transféré une série de dettes à court terme qui ont fini par remonter à la surface, créant le cataclysme financier que l'on connaît depuis plusieurs mois. Comment remédier à ce problème? La première chose à faire est d'assurer une traçabilité des flux financiers internationaux et d'assurer un échange d'informations. Il faut donc venir à bout des paradis fiscaux, et c'est peut-être le dossier sur lequel on semble avancer le plus vite: les gouvernements français, britannique, allemand mettent la pression, et la menace de l'élaboration d'une nouvelle « black list » des paradis fiscaux a entraîné une conversion très rapide de toute une série de pays concernés, comme Monaco, la Suisse, Andorre, la...Belgique, etc. En matière de fiscalité, surtout dans une période de relance impliquant des centaines de milliards investis, et l'accroissement des déficits que cela crée, les paradis fiscaux entraînent la perte de centaines de milliards pour les pays partout dans le monde. L'enjeu est planétaire... Il faut une coopération globale. Si certains pays ne coopèrent pas, on assistera à des délocalisations des paradis fiscaux. C'est central! Les Etats-Unis préfèrent ne pas parler de l'Etat du Delaware comme la Chine évite d'évoquer Hong Kong... Si on joue à ce jeu-là, on verra la fraude migrer vers les poches d'opacité persistantes. Que faire? Si on veut venir à bout des paradis fiscaux, il faut définir ce qu'est un paradis fical, interdire les opérations vers ces pays, et sanctionner tous les utilisateurs de ces paradis fiscaux, sans s'aligner sur différents standards, selon les objectifs géostratégiques de l'un ou de l'autre. Un grand chantier, mais c'est une utopie réaliste, même si elle demande l'adhésion de tous les pays des Nations Unies... On n'a jamais vu cela, mais la situation actuelle est tout aussi exceptionnelle.
Quid de la régulation des institutions financières privées? Ici aussi, on navigue en eaux inconnues...
C'est la suite du processus. On sort de ce climat de confiance dans le pouvoir d'auto-régulation des marchés et des produits financiers. Une confiance aveugle qui est clairement à la base des prises de risques et... de la crise actuelle. On va vers une régulation totale de tous les acteurs du marché. Une fois résolue la question de la transparence et de la traçabilité des flux au niveau international, il faut s'attaquer à la régulation et notamment bien sûr aux banques. Il faut s'assurer que les banques puissent prouver des fonds propres suffisants, pour éviter les risques systémiques. Et surtout à propos des véhicules spéciaux dont les risques sont revenus vers les banques. Il faut imposer des dépôts de solvabilités aux banques et aux autres acteurs financiers. De la même manière, il faut réglementer les marchés non réglementés, les marchés de gré à gré, où se négocient les produits dérivés, la titrisation qui est à la base de la crise du subprime. On peut poursuivre de telles opérations, mais sans laisser place à des prises de risques systémiques, et au sein d'ensemble contrôlés et régulés. On ne peut plus transférer les risques systémiques vers le système bancaire, en prenant des risques insensés liés à des effets de levier disproportionnés. Il faut donc réguler tous les acteurs, et les marchés de gré à gré.
Ne devrait-on pas également tenter de juguler les déficits commerciaux gigantesques qui sont autant de bombes à retardement pour l'économique mondiale? On pense notamment au déséquilibre commercial entre la Chine et les Etats-Unis...
C'est fondamental: la crise actuelle provient de déséquilibres financiers internationaux. On revient à la crise des années '90 au cours de laquelle des pays asiatiques et d'Amérique latine ont décidé de se prémunir des crises à venir en accumulant des réserves de changes afin de disposer d'un « matelas » financier, un bas de laine. Ces réserves sont fondées sur des excédents commerciaux, mais qui dit excédents, dit aussi déficits en contrepartie. D'où viennent-ils? Tout simplement de la surconsommation à crédit des ménages américains, de la consommation « à découvert » alimentée par les produits bon marché issus d'économies à bas salaires. Mais le système a craqué au moment où la capacité d'endettement des ménages est arrivée à saturation, avec la crise des subprime. Il faut éviter que les plans de relance ne soient qu'un moyen de boucher les trous et d'accentuer les déséquilibres économiques. Des déséquilibres énormes: rien que la Chine détient 2.000 milliards de dollars de réserve. Tout cela pour se prémunir des tempêtes dans un système monétaire instable. Cet argent serait mieux utilisé à financer le développement des pays concernés. Pourquoi ne pas le faire dans un système stable? La Chine – mais aussi le Brésil, la Russie, l'Afrique du Sud, la Corée du Sud, etc., s'interrogent d'ailleurs sur la solidité de ces réserves et sont demandeurs d'un système plus stable. Ils sont demandeurs d'un nouveau système monétaire international, un système proposé aussi par la Commission des nations Unies présidée par Joseph Stiglitz (Joseph Stiglitz), basé sur une nouvelle devise de réserve de type artificiel comme le « bancor » (Bancor), ou les droits de tirages spéciaux du FMI, conformément aux propositions faites par Keynes (John Keynes) en 1944... Le proposition de Keynes allait dans ce sens: si vous avez des excédents, vous les échangez contre des bancor, si vous avez des déficits, vous pouvez puiser dans une grande trésorerie pour rétablir l'équilibre. Les mesures prônées par Keynes à l'époque sont donc plus que jamais d'actualité dans un environnement interdépendant. Depuis l'abandon de Bretton Woods en 1971, le monde vit dans un « non-système » monétaire mondial. Changer cela demande aussi une décision unanime et internationale. Le dollar, plus que jamais répond au dicton américain: « le dollar c'est notre monaie, mais c'est votre problème ».
Savoir Plus
- C'est mal, spéculer?
D'abord, qu'est-ce que spéculer? C'est prendre des risques en pariant sur une situation future. Ca, c'est normal. Par contre, si le particulier ou la structure prend un risque qui au pire, dépasse ses capacités et se reporte sur d'autres acteurs, c'est mal, c'est une attitude qu'il faut éradiquer. On l'a vu l'an passé avec la spéculation sur les matières premières alimentaires...
On a beaucoup parlé de la mondialisation de l'économie, doit-on maintenant parler d'une mondialisation de la régulation des marchés financiers?
Oui, c'est l'enjeu actuel. Le monde est multipolaire, tous les pays sont impliqués dans la crise actuelle, dans ses causes et ses conséquences. Il faut démocratiser les instances internationales pour trouver des solutions globales appliquées partout.
Utile, le G 20 qui est pourtant une instance informelle?
C'est en tout cas une avancée dans un monde multipolaire: avec l'avènement du G 20, c'est le G 8 qui est mort. Enfin, il va vivre, mais au sein du G 20 qui a plus de poids en termes de repésentativité puisqu'il implique des économies émergentes. Mais on doit aller idéalement vers un G 192 où tous les pays sont preprésentés. Le G 20 représente en effet 90 pc du PIB mondial, mais seulement 10 pc... du monde. Pour qu'il soit efficace, le G 20 devra faire ses preuves, et se focaliser sur les fractures essentielles, non pas celle qui apparaît entre l'Europe et les Etat-Unis, mais sur la fracture Nord-Sud. Et on n'en est pas là: vous verrez que des propositions émises par les pays émergents seront refusées par les pays plus riches. On doit arriver à nouvel équilibre, un nouveau compromis nord-sud.
La fin de la crise, pour fin 2009, début 2010?
Les marchés financiers, l'économie, sont basés sur la confiance. Aujourd'hui, on dit « ça ira mieux »... C'est du bluff! La fin de la crise est imprévisible. La situation est inédite, on n'a donc pas de références, mise à part la crise des années '30. Mais il est vrai que cette fois, on a sorti les plans de relance, et que les banques centrales ont baissé les taux d'intérêt, que le G 20 se mobilise...
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