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Sri Lanka

Les dernières heures de la rébellion

Philippe Paquet

Mis en ligne le 22/04/2009

Les Tigres tamouls sont acculés sur un lambeau de leur "Etat" indépendant. Les civils fuient par dizaines de milliers et on redoute une ultime hécatombe.

Après presque 40 années d’affrontements qui ont fait plus de 70 000 victimes, l’insurrection tamoule à Sri Lanka est probablement sur le point de s’éteindre, écrasée sous le feu d’une armée sri lankaise qui poursuivait mardi son "assaut final" contre l’ultime redoute des Tigres libérateurs de l’Eelam tamoul (LTTE), dans le nord-est de l’île.

Ce n’est, certes, pas la première fois que les autorités de Colombo annoncent l’éradication de la guérilla et, dans le passé, celle-ci n’avait jamais tardé à frapper un grand coup ou à reconquérir des positions perdues pour prouver sa vitalité. Cette fois, cependant, la cause semble entendue. Les rebelles tamouls, qui au faîte de leur puissance ont contrôlé jusqu’à 18 000 km2, soit plus du quart de la superficie de l’île, sont maintenant acculés sur une mince bande de terre de 15 km2 à peine que l’armée est parvenue à couper en deux.

Indice supplémentaire d’une mort annoncée, les populations civiles qui vivaient sous l’autorité des LTTE (des "otages" des rebelles, selon le gouvernement sri lankais) fuient désormais par dizaines de milliers vers les lignes tenues par l’armée régulière. Depuis lundi, ce sont pas moins de 50 000 personnes qui ont déserté les positions tamoules, selon le général Udaya Nanayakkara, cité par l’AFP. Des colonnes pathétiques de gens s’éloignant à pied ou à la nage, laissant tout derrière eux, que l’armée a filmées.

Un bouclier humain ?

Cet exode laisse encore de 20 000 à 50 000 civils en territoire rebelle. Un "bouclier humain", selon les autorités sri lankaises qui, par la voix du président Mahinda Rajapakse, qualifient au passage leur offensive contre le dernier carré des LTTE de "plus grande opération mondiale de sauvetage" jamais menée pour "libérer des otages".

L’armée avait adressé lundi un ultimatum de 24 heures aux chefs rebelles pour qu’ils se rendent. En l’absence de réponse, les opérations militaires ont repris et les observateurs craignent le pire pour les populations civiles. Dans un communiqué, les rebelles ont accusé mardi l’armée d’avoir tué, la veille, un millier de Tamouls. L’Australie se préparait à un afflux de boat-people.

Tant le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-Moon, que l’Unicef, la Croix-Rouge ou des ONG comme Human Rights Watch ont dit redouter une hécatombe et pressé Colombo de décréter un cessez-le-feu. L’assistant du secrétaire d’Etat américain pour l’Asie méridionale, Michael Owen, a pour sa part plaidé pour une amnistie accordée aux maquisards en échange de leur reddition.

Le gouvernement sri lankais a jusqu’ici fait la sourde oreille et, alors qu’il peut croire une victoire militaire totale à portée de main, il serait surprenant qu’il fasse des concessions. A plus forte raison que les tentatives précédentes de paix négociée furent sans lendemain.

Si le président Rajapakse peut donc raisonnablement penser qu’il a tenu sa promesse électorale de régler par la force la question de l’insurrection tamoule, celle des rapports entre majorité cinghalaise (70 pc des vingt millions d’habitants, de confession bouddhiste) et minorité tamoule (15 pc de la population, de religion hindouiste) reste, quant à elle, posée. A défaut d’une politique ambitieuse de réconciliation et d’intégration, les tensions ne vont pas disparaître avec l’élimination des LTTE. La menace pourrait aussi venir de l’étranger où vit une diaspora forte de plus d’un million et demi d’individus.

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Le tigre vaincu par le lion

Quand, en 1971, le Sri Lanka adopta une nouvelle Constitution qui déniait pratiquement tout droit à la minorité tamoule, un garçon de 18 ans, Velupillaï Prabhakaran, tira les leçons de l’échec de l’approche pacifique suivie jusque-là par les leaders politiques tamouls et mis sur pied un mouvement de rébellion armée qu’il baptisa Nouveaux tigres tamouls. La référence au tigre, symbole des anciens royaumes tamouls, exprimait l’opposition au lion, symbole traditionnel de la population cinghalaise, majoritaire dans l’ex-colonie britannique de Ceylan. En 1976, les TNT (Tamil New Tigers) furent rebaptisés LTTE (Liberation Tigers of Tamil Eelam), l’Eelam étant le nom donné par les rebelles à l’Etat tamoul indépendant qu’ils souhaitaient créer dans le nord et l’est de Sri Lanka, où la population tamoule est concentrée.

Alors que l’armée sri lankaise resserre son étau sur la dernière poche de résistance tamoule, il semble que le lion ait fini par vaincre le tigre après quatre décennies de guérilla. Le gouvernement a exigé du chef suprême des LTTE, qui est toujours Prabhakaran, qu’il se rende sans condition, mais il n’a plus donné signe de vie.

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