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Sri Lanka

Les Nations unies accusent l’armée d’un "bain de sang" contre les Tamouls

Philippe Grangereau

Mis en ligne le 12/05/2009

Les bombardements sur le dernier réduit des rebelles auraient tué 100 enfants.

Une tuerie", "un bain de sang" : le porte-parole du bureau des Nations unies à Sri Lanka n’a pas mâché ses mots, lundi, pour qualifier le dernier pilonnage à l’aveuglette de l’armée contre les 500 rebelles tamouls et les 50 000 civils qu’ils assiègent, depuis fin avril, sur une minuscule bande de territoire sablonneux dans le nord-est de l’île.

"Plus de 100 enfants ont péri" dans les bombardements déclenchés samedi, selon le responsable de l’Onu, Gordon Weiss. L’armée assure depuis le 27 avril avoir arrêté les tirs d’artillerie sur le réduit - ce qui est de toute évidence un mensonge. Un groupe d’ONG a dénoncé le "mépris total pour la vie humaine" dont fait preuve l’armée, et tout autant les impitoyables rebelles du mouvement des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE). Ces derniers continuent d’embrigader des enfants dans leurs rangs et retiennent les civils qui les accompagnent contre leur gré, selon l’International Crisis Group (ICG).

Un médecin du gouvernement sri-lankais, Shanmugarajah, a estimé à "378 au moins et peut-être autour d’un millier" le nombre de civils tués dans les bombardements de ce week-end. "Beaucoup d’entre eux sont décédés par manque de soins médicaux", a expliqué le docteur, cité lundi par le New York Times. Les journalistes et les travailleurs humanitaires se sont vu interdire l’accès aux champs de bataille, et il reste difficile, en absence d’images et de témoignages, de se faire une idée précise de ce qui se passe réellement. Le huis clos voulu par l’armée, toutefois, en dit long sur ses possibles intentions.

"L’Onu a depuis plusieurs mois mis en garde contre le scénario du bain de sang, en constatant une augmentation constante du nombre des victimes. Désormais, c’est devenu une réalité", accusait lundi Gordon Weiss. Le ministre des Affaires étrangères sri-lankais a répliqué que son pays "se sentait offensé par ces déclarations [ ] visant à embarrasser le gouvernement".

En l’absence de témoins directs, les deux bords se rejettent la responsabilité de ces massacres. Dans un communiqué officiel, le ministère srilankais de la Défense a affirmé que les rebelles "bombardaient leurs propres civils". Sur un site Internet pro tamoul, le LTTE a pour sa part accusé l’armée d’avoir tué 3 200 civils dimanche et lundi "à coup de mortier, de canon et de mitrailleuse lourde".

Quel qu’en soit le prix, les militaires semblent déterminés à porter le coup de grâce à l’ultraviolent mouvement indépendantiste. "Militairement, les Tigres sont finis, juge Eric Meyer, un expert de Sri Lanka à la Faculté de Langues orientales de Paris. Et la population tamoule, elle, est épuisée par ce long conflit".

Libération

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