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France | Élections européennes
De l’atonie à la cacophonie
Bernard Delattre
Mis en ligne le 12/05/2009
C’est une première dans l’Hexagone, voire en Europe. Pendant 48 heures, un Etat fondateur de l’Union européenne - la France, en l’occurrence - a eu à la tête de sa diplomatie un ministre, Bernard Kouchner, pas sûr de voter pour les listes de la majorité au scrutin européen de juin. Un ministre ayant la tutelle sur les Affaires européennes mais qui, avant de choisir son vote, attendait "de voir les programmes" en lice , ce qui laissait supposer qu’il les méconnaissait.
Lundi, Bernard Kouchner a clarifié les "incompréhensions" suscitées par ses propos électoralement hésitants de samedi et a précisé que, "naturellement", il voterait pour l’UMP le 7 juin. La veille, un de ses prédécesseurs au quai d’Orsay, Alain Juppé, l’avait invité au respect du "principe fondamental" de "la solidarité gouvernementale". Lundi, le coordinateur de la campagne UMP, le ministre de l’Agriculture Michel Barnier, avait annoncé, pincé, avoir fait envoyer à Bernard Kouchner le programme européen de son parti. Et son collègue des Affaires européennes, Bruno Le Maire, avait rappelé que ce programme s’inspirait "des ambitions de Nicolas Sarkozy pendant la présidence française de l’Union, dont Bernard Kouchner a été un acteur essentiel". Ce qui n’empêche pas le PS, depuis samedi, de comparer ledit Kouchner à "un concessionnaire qui hésiterait à vous accompagner dans la voiture qu’il vous vend".
Ce n’est pas la première fois que l’ex-socialiste a des états d’âme électoraux. Aux municipales de mars 2008, il crispa l’UMP en prônant la réélection à Paris du maire PS Bertrand Delanoë. Et aux européennes de 1994, alors qu’il figurait sur la liste socialiste officielle de Michel Rocard, il vota pour la liste de gauche dissidente qui la battit, menée par Bernard Tapie.
En 2009, son pataquès décontenancera encore un peu plus un électorat hexagonal déjà peu motivé par un scrutin qui, selon les sondages, indiffère un Français sur deux. Les partis eux-mêmes, d’ailleurs, ne sont pas peu responsables de l’atonie de la campagne. L’opposition a détourné l’élection en la présentant comme un vote pour ou contre Nicolas Sarkozy. Ce dernier focalise sa campagne sur le seul éloge, narcissique, de sa présidence européenne. Et son parti a tardé jusqu’aux derniers jours pour boucler des listes au casting contesté (voir Rachida Dati).
Même en pleine campagne, au demeurant, les plus hauts responsables français poursuivent leur vieille habitude de dénigrer l’Europe. Ainsi, le chef de file des députés UMP et la ministre de la Culture viennent-ils encore d’assimiler à un non-événement un vote du Parlement européen contredisant leur projet de loi sur Internet.
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