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Birmanie

Une icône au pays où règne la peur

Mis en ligne le 15/05/2009

Mme Suu Kyi et son parti gagneraient facilement des élections libres et honnêtes.

Aung San Suu Kyi livre inlassablement depuis 1988 un combat pacifique pour l’avènement de la démocratie en Birmanie. Alors qu’elle était emmenée jeudi à la prison d’Insein, son avocat Kyi Win a déclaré que "La Dame" de Rangoon gardait "le moral" et avait indiqué que "sa santé était bonne" après qu’elle eut souffert d’hypotension et de déshydratation.

Mme Suu Kyi, fille du héros de l’indépendance birmane, le général Aung San, reste la principale menace pour la dictature militaire en Birmanie. "C’est une icône qui inspire la population", toujours soumise au règne de la peur, note Sunai Phasuk, consultant pour Human Rights Watch. "Le problème est que les généraux se contrefichent de l’opinion internationale", nuance Aung Naing Oo, analyste birman basé en Thaïlande.

Des opposants affirment que si des élections impartiales étaient organisées en Birmanie sous supervision internationale, Mme Suu Kyi et son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), pourraient infliger aux militaires un camouflet comparable à celui qu’ils avaient subi lors des législatives de 1990. A l’époque, la LND avait remporté 392 des 485 sièges, mais les généraux avaient refusé de s’incliner et Mme Suu Kyi est restée assignée à résidence pendant la majeure partie des dix-neuf dernières années. Elle est la seule lauréate du prix Nobel de la Paix à être privée de liberté dans le monde.

En septembre 2007, Aung San Suu Kyi était sortie en pleurs de sa résidence, devant des policiers antiémeute, pour saluer des milliers de moines bouddhistes qui manifestaient contre le régime et la vie chère. Six semaines après l’écrasement de la révolte, elle avait annoncé, via un émissaire de l’Onu, que, "dans l’intérêt de la nation", elle était "disposée à coopérer" avec les militaires pour faire aboutir un nouveau processus de dialogue. Mais, en janvier 2008, elle avait fait savoir que le processus, "dépourvu de calendrier", ne mènerait nulle part.

Cette femme, dont la voix douce et la silhouette frêle contrastent avec un courage politique à toute épreuve, a toujours prôné la non-violence dans une Birmanie gouvernée par des régimes militaires successifs depuis 1962. La rumeur dit que le numéro un birman, le généralissime Than Shwe (76 ans), fulmine dès qu’il entend son nom.

Née le 19 juin 1945, Aung San Suu Kyi a été élevée dans les meilleures écoles de Rangoon avant de poursuivre ses études en Inde - où sa mère avait été nommée ambassadeur en 1960 -, puis à Oxford. Assistante à l’Ecole des études orientales de Londres, elle a épousé en 1972 un universitaire britannique, Michael Aris, avec qui elle a eu deux enfants. Revenue en Birmanie en avril 1988 au chevet de sa mère malade, Mme Suu Kyi a pris la parole pour la première fois en public en août, avant de fonder la LND, un mois plus tard. En 1999, tandis que son époux mourait d’un cancer en Grande-Bretagne, elle préféra rester en Birmanie, de crainte de ne pouvoir y retourner.

Forte du soutien occidental, elle s’est toujours dite persuadée que le temps jouait en faveur de la démocratie. Elle a abandonné la logique du bras de fer avec la junte après l’ouverture, fin 2000, de discussions historiques de "réconciliation nationale". Toutefois, ce dialogue avec le Premier ministre Khin Nyunt a été interrompu lors du limogeage de ce dernier, quatre ans plus tard, par Than Shwe. (AFP)

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