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Chine

Sept semaines de contestation qui parurent menacer la survie du régime communiste chinois

Philippe Paquet

Mis en ligne le 03/06/2009

La mort de Hu Yaobang déclencha un bras de fer étonnant au cœur de Pékin.

Dans les régimes totalitaires, il suffit souvent de tomber en disgrâce pour devenir un héros aux yeux de la population. Limogé en janvier 1987 pour s’être montré trop compréhensif face à une première vague de manifestations estudiantines, le secrétaire général du PCC Hu Yaobang est devenu, du jour au lendemain, l’incarnation d’un communisme chinois à visage plus humain. Aussi sa mort, le 15 avril 1989, fut-elle le déclencheur des événements de la place Tian’anmen.

Des Chinois vinrent par centaines, puis par milliers, déposer des couronnes de fleurs au pied du Monument aux héros du peuple qui se dresse, sur la place, entre le mausolée de Mao et la porte Tian’anmen. La démarche rappelait celle qui avait suivi la disparition du Premier ministre Zhou Enlai en 1976 et avait engendré un mouvement de contestation du maoïsme dirigé contre la Bande des Quatre alors au pouvoir. Très vite, en effet, l’hommage à M. Hu allait se transformer en campagne de dénonciation des tares du régime : absence de démocratie et violations des droits de l’homme, mais surtout corruption et népotisme.

Le contexte s’y prêtait. Le milieu des années 1980 avait été marqué, en Chine, par un vif débat public sur une "modernisation" du régime politique, alors que soufflait sur l’Union soviétique voisine le vent de la Perestroïka et de la Glasnost. Deng Xiaoping avait paru encourager une évolution du même ordre en convoquant, à l’automne 1985, une Conférence extraordinaire du Parti dans le but d’en rajeunir et d’en professionnaliser les cadres. L’expérience n’alla pas aussi loin et aussi vite, cependant, que les intellectuels et en particulier les étudiants (traditionnel fer de lance de la société chinoise) l’auraient souhaité. Dans le même temps, les réformes économiques généraient, avec une élévation globale du niveau de vie, des difficultés nouvelles : creusement des inégalités, inflation, chômage, précarité, compétition...

L’absence d’exutoire (pas de partis, de syndicats ou de presse libres) ne laissait aux Chinois que la rue pour exprimer leur frustration, leurs doléances et leurs espoirs. La contestation s’installa donc sur la place Tian’anmen, gonflant en des manifestations de masse comme Pékin n’en avait plus connu depuis la Révolution culturelle, lors des temps forts que furent les funérailles de Hu Yaobang, la traditionnelle commémoration du 4 mai 1919 (la jeunesse chinoise avait alors dénoncé les conséquences humiliantes pour la Chine du traité de Versailles) et la visite historique de Mikhaïl Gorbatchev en Chine, visite qui fut totalement perturbée. Un million de manifestants défilèrent à plus d’une reprise dans la capitale, tandis que la contestation gagnait de nombreuses villes de province. L’érection d’une réplique en plâtre de la statue de la Liberté face au portrait géant de Mao sur la porte Tian’anmen marqua l’apothéose du mouvement.

Surpris, puis dépassé, le pouvoir chinois fut surtout divisé sur la manière de répondre au défi qui parut menacer rien moins que la survie du régime. Si la fronde des étudiants fut rapidement condamnée par Deng Xiaoping qui, sans titre officiel, demeurait l’homme fort de la Chine communiste, la haute direction, au sein du Bureau politique, tergiversa pendant un mois sur l’attitude concrète à adopter. La situation ne bascula que le 19 mai : ce soir-là, Zhao Ziyang, qui avait succédé à Hu Yaobang à la tête du Parti, se rendit sur la place Tian’anmen pour convaincre les étudiants de renoncer à leur grève de la faim et à leurs protestations. En vain. Le lendemain, la loi martiale était proclamée à Pékin par le Premier ministre Li Peng. M. Zhao partit pour une visite surréaliste en Corée du Nord et fut bientôt limogé à son tour. Il restera assigné à résidence jusqu’à sa mort en janvier 2005.

La loi martiale, toutefois, ne résolut rien dans l’immédiat. Descendus dans les rues, les Pékinois barrèrent la route aux unités de l’Armée populaire de libération envoyées pour "nettoyer" la place Tian’anmen. Le bras de fer se prolongea ainsi deux semaines, jusqu’à l’intervention militaire déclenchée dans la nuit du 3 au 4 juin. Si l’ordre fut alors rétabli dans le centre de Pékin, des troubles continuèrent pendant plusieurs jours dans d’autres quartiers de la capitale et en province. Au gré de rafles qui n’empêchèrent pas les figures de proue de la contestation de fuir à l’étranger, la situation revint peu à peu à la normale, mais dans une Chine soudainement désertée par les touristes et les hommes d’affaires étrangers, une Chine sous une chape de plomb dont l’engagement à poursuivre sa politique d’ouverture et ses réformes allait alors être mis en doute.

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