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Élections européennes

Verhofstadt: Un "numero uno" en tournée mondiale

Pierre Gilissen

Mis en ligne le 05/06/2009

Guy Verhofstadt a passé une bonne partie du mois de mai à l'étranger. Mais qu'on ne s'y trompe pas : la démarche n'a rien d'apolitique...
Reportage

Et si on se plaçait au-dessus de la mêlée et qu’on parlait vraiment politique, pour changer ? Guy Verhofstadt commence sa campagne électorale là où elle devrait se terminer si tout va bien (et personne n’imagine le contraire) : au Parlement européen.

Il a convié les eurojournalistes au "Caprice des dieux" dans la salle de presse Anna Politkovskaya - juste en dessous de l’hémicycle où il devrait siéger dans quelques semaines - pour leur présenter "Sortir de la crise. Comment l’Europe peut sauver le monde", son dernier ouvrage.

Plutôt détendu malgré les heures d’avion (il a débarqué de Pékin le matin même, où il est allé présenter la traduction chinoise des "Etats - Unis d’Europe" à la presse locale). Professoral mais accessible et souriant, il est passé maître dans ce genre d’exercice. Un livre écrit comme un coup de gueule, parce que "face à la pire crise depuis la Seconde Guerre mondiale, les institutions européennes restent silencieuses".

En bref, la Commission a un droit d’initiative mais ne l’utilise pas, les pays européens arrivent en ordre dispersé avec 27 plans de relance différents et vont rater, selon le FMI, le train de la reprise en 2012. Et pourtant l’Europe n’est pas sans atouts (la qualité de la sécu et le taux d’épargne des citoyens).

L’ancien Premier ministre préconise la création d’un régulateur financier européen, d’une bad bank pour vider les autres banques de tous les produits financiers toxiques, et d’un marché obligataire européen.

Après l’exposé, les questions fusent. Ce livre est-il l’instrument par lequel il se profile comme futur président de la Commission ? "J’ai déjà été candidat et ce n’était pas la meilleure période de ma vie. Mon ambition, c’est le Parlement." Mais Barroso est-il vraiment l’homme de la situation ? "Je ne réponds pas aux questions sur des personnes." Et que pensez-vous de ces bourgmestres flamands qui veulent boycotter les élections européennes ? (question posée par une consœur française) "J’espère que les habitants auront la bonne réaction, celle d’aller voter."

Aucune question ne le fâche. La seule fois où il esquisse une velléité de sortir de ses gonds, c’est du contenu de son programme qu’il est question : à ce journaliste plutôt sceptique quant à la création d’un marché obligataire européen, il rétorque en français : "Le FMI nous conseille d’en créer un, ce ne sont quand même pas des cons, au FMI !"

Au cours des semaines suivantes, le rythme infernal reprend. Hormis un congrès de son parti à Anvers, le "numero uno" passe le plus clair de son temps en tournée mondiale - au moins européenne. Il est à Paris ou à Londres avec son livre sous le bras.

Un dimanche, il fait escale à la VRT face à Jean-Luc Dehaene, mais le "choc des titans" annoncé n’aura pas lieu. Chacun s’est déjà réjoui dans la presse à l’idée de retravailler avec l’autre, Dehaene offrant même - non sans malice - d’expliquer à son futur collègue le fonctionnement du Parlement européen. En fait, ils sont d’accord sur le fond, mais l’un trouve l’autre trop rêveur, et l’autre trouve que l’un a le nez un peu trop dans le guidon

On finit par retrouver trace du grand Guy en Belgique bien plus tard : dans un grand hôtel bruxellois où il est l’invité d’un déjeuner-débat avec le gratin des entrepreneurs. Le gratin discute en attendant son orateur, officiellement coincé dans des bouchons. Un chef d’entreprise qui occupe une centaine de personnes du côté de Mouscron, se dit admirateur du personnage. Habitant de Courtrai, il vote de toute façon Open VLD. Un autre confirme : "C’est un des trois seuls hommes politiques belges qui a une envergure européenne. Les autres " Il suspend sa phrase avec une moue dubitative.

Guy Verhofstadt finit par arriver. Présenté comme "l’Obama européen" et "l’homme politique le plus populaire dans les trois Régions", il réexpose tout son credo et conclut en chargeant la Commission Barroso, qui ne demande rien aux gouvernements. "M ais en politique, il faut demander beaucoup pour obtenir un peu. Si on ne demande rien, on n’obtient rien !" Applaudissements nourris, suivis d’une longue séance de dédicaces.

Mais ce type de message passe-t-il vraiment dans le monde de l’entreprise ? Ce n’est pas un discours très libéral Le patron mouscronnois est visiblement convaincu par ce qu’il a entendu : "Beaucoup de patrons sont franchement gênés de ce qui s’est passé. Ils voient bien qu’il faut une autre approche." Un autre ajoute : "Il y a encore des gens qui sont d’une arrogance incroyable, qui ne reconnaissent aucune erreur de jugement. On contrôle bien la qualité des aliments. Pourquoi les banquiers seraient-ils les seuls à pouvoir mettre des produits sur le marché sans aucun contrôle ?" L’ancien Premier ministre ajoute son grain de sel : "Ce n’est pas seulement une crise de l’absence de régulation mais aussi de la mauvaise régulation."

Allez, question à cinq euros : n’ambitionne-t-il vraiment qu’un simple siège de député ? Et pourquoi pas la présidence du Parlement européen ? Goguenard : "Donner les temps de parole aux uns et aux autres, vous pensez vraiment que ça m’intéresse ? Mais je ne comprends même pas qu’on puisse ambitionner une telle fonction ! Non, je veux juste être député et essayer de construire une majorité pour soutenir ce projet. Je sais que les gens ont du mal à me croire, mais c’est comme ça !"

A dix heures et demie, on lève la séance. Le soir, il est au Kinepolis de Hasselt, pour soutenir le parti et les militants locaux et charger "le manque de leadership" du gouvernement fédéral. Le "numero uno" est enfin dans l’arène. On est mardi soir, on vote dans cinq jours.

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