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Élections européennes | Irlande

Le traité ? Quel traité ?

Olivier le Bussy

Mis en ligne le 05/06/2009

Les enjeux nationaux éclipsent, momentanément, le sujet "Lisbonne".

Du traité de Lisbonne - qui sera à nouveau soumis au référendum à l’automne, pour tenter d’effacer le "non" de juin 2008 - il sera finalement peu question lors des élections européennes qui se tiennent ce vendredi en Irlande. "It’s the economy, stupid !", comme disait l’autre. Frappé par la crise financière et l’effondrement du marché immobilier, le tigre celtique a en effet perdu de sa superbe : le PIB irlandais devrait rétrécir de 11 % en 2010 et le chômage est passé de 4 à 11 % en deux ans.

Aussi les européennes, mais aussi les élections locales et législatives partielles organisées le même jour feront surtout office de bilan de santé pour le Fianna Faíl, parti phare de la coalition du Taioseach Brian Cowen. Et, selon les sondages, le camp du Premier ministre s’apprête à encaisser une défaite historique qui l’enverrait sous la barre des 20 %. A Dublin, le Fianna Faíl risque même de perdre un siège d’eurodéputé au détriment du Sinn Féin ou du Socialist Party, deux des rares formations politiques anti-Lisbonne, "ce qui serait très embarrassant pour le Taioseach", commente Clodagh Harris, professeur au University College de Cork.

Les centristes du Fine Gael et les travaillistes, principaux partis d’opposition, seront tentés de réclamer la tenue de législatives anticipées. Un scénario que l’actuelle coalition (Fianna Faíl, Verts et progressistes démocrates) n’envisage pas. "Ils défendront leur bilan en disant qu’ils ont fait tout ce qu’il était possible de faire pour enrayer la crise économique et tiendront jusqu’aux élections générales", estime le Pr John Coakley du University College de Dublin.

Une bonne nouvelle pour le traité ? Pas sûr, vu que la cote de popularité de Brian Cowen plonge dans les abysses (10 %) et que les référendums sur les questions européennes accouchent souvent de réponses nationales.

Néanmoins, pour l’heure, le sujet "Lisbonne" est éclipsé par les enjeux nationaux, rappelle le Pr Coakley. De plus, ajoute Mme Harris, "les derniers sondages montrent qu’en raison de la crise, un nombre croissant d’Irlandais est en faveur du traité de Lisbonne", l’UE étant perçue comme un parapluie et non plus une menace. D’ailleurs, le think tank (devenu parti) Libertas, qui avait milité avec succès contre le traité, ne devrait pas transformer l’essai politique. Partout en Europe, la création de l’énigmatique milliardaire Declan Ganley tente de fédérer les eurosceptiques autour de son nom. Mais selon John Coakley, "Libertas excite plus les journalistes européens que les électeurs irlandais" et les sondages prédisent de faibles résultats au nouveau parti.

Si le contexte semble favorable à la ratification du traité, pourquoi le gouvernement a-t-il évité de coupler le référendum avec la triple élection de ce vendredi ? "Trop risqué, juge Clodagh Harris. La coalition craignait que les électeurs ne l’utilisent pour lui signifier qu’ils sont mécontents de son action. De plus, avant d’organiser un nouveau référendum, le gouvernement attend que les garanties obtenues sur les questions éthiques, fiscales, de neutralité et le maintien du commissaire irlandais soient formellement avalisées par les autres Etats membres, ce qui ne pourra pas être fait avant le sommet européen de mi-juin."

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