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élections européennes

L’Europe passe au vert et vire à droite

Olivier le Bussy

Mis en ligne le 08/06/2009

S’il fallait retenir une image de cette fin de soirée électorale européenne, ce serait celle du visage sombre de Martin Schulz, président du groupe socialiste européen, qui se détachait d’un des écrans de l’hémicycle, à l’heure où les différents leaders des formations politiques du Parlement européen commentaient les résultats, qui en direct, qui en duplex. "C’est certainement une triste soirée pour la sociale-démocratie européenne", a reconnu le bouillant eurodéputé allemand. C’est le moins que l’on puisse dire.

Car plus encore que la nouvelle victoire des conservateurs du Parti populaire européen (PPE), que la percée verte, que le tassement libéral, que les poussées eurosceptiques et que le taux d’abstention record, l’information majeure dont accouche cette sixième élection européenne directe, c’est la défaite des socialistes. Sans doute est-il d’ailleurs plus indiqué de parler de débâcle, les forces socialistes et sociales démocrates ayant été défaites dans toute l’Union, ou presque : en France, en Espagne, au Royaume-Uni, en Italie, en Allemagne, en Autriche, au Portugal, aux Pays-Bas. Au cours de la prochaine législature, il n’y aura, au maximum que 165 députés (au pire 155) pour défendre les couleurs du PES, contre 217 lors de la précédente.

Au PPE, crédité d’un score oscillant entre 263 et 273 sièges, on pavoise. "C’était le moment idéologique pour les socialistes de proposer une alternative", rappelle le Belge Wilfried Martens, président du Parti populaire européen. "Mais une majorité d’électeurs européens ont préféré la stabilité politique qu’offre une formation qui dirigeait la Commission, était la plus large au Parlement européen, et compte le plus de chefs d’Etat et de gouvernement au Conseil". Si subsistait le moindre doute sur la reconduction du Portugais Barroso à la tête de la Commission, ceux-ci ont été évacués par les résultats de son camp. Aussi Wilfried Martens plaide-t-il pour que le prochain exécutif européen soit "politiquement très engagé" et guidé par une philosophie de centre-droit.

Du côté des Verts, on avait également la banane. Les écologistes ont allégrement franchi la barre des 50 eurodéputés (les projections leur en donnent de 52 à 56), grâce, notamment, au succès de la liste Europe-Ecologie, emmenée en France par le trublion Cohn-Bendit. Gagner c’est bien, trouver de bons alliés pour la prochaine législature, c’est mieux . "Les idées de la droite conservatrice se fortifient, ce qui montre que la social-démocratie a échoué à apparaître comme une alternative", constatait, un peu dépité, le Belge Philippe Lamberts, président du Parti vert européen . Et si ce n’est la gauche "traditionnelle" , "les Verts peuvent être moteur d’un changement important. Il faudra être très intelligent pour fédérer des forces pour lutter contre la crise" , commentait le Belge.

Avec les libéraux ? Pas certain. L’ALDE, qui perd entre 15 et 25 sièges pansait lui aussi ses plaies. "J’aurais préféré que l’on reste autour des 100 sièges que nous avions précédemment", commentait à chaud Annemie Neyts-Uyttebroeck, présidente des libéraux européens, qui pointait l’écrasement du Modem du Français Bayrou, comme élément plausible du tassement de son groupe.

Quoi qu’il en soit, il faudra, pour les groupes politiques "pro-intégration européenne" composer avec un nombre croissant d’eurosceptiques. Wilfried Martens s’en inquiète, et appelle les amis de l’Union "à ne pas créer de divisions et à coopérer, plus que jamais". Annemie Neyts estime, elle, que la création d’un groupe eurosceptique autour des conservateurs britanniques "contribuera au moins à clarifier les positions". N’empêche : les victoires du populiste néerlandais Wilders et des extrémistes de droite britanniques, autrichiens et hongrois ne laissent pas d’inquiéter.

Tout comme le nouveau record d’abstentionnisme - seuls quelque 43 % des électeurs européens ont daigné se déplacer pour élire leurs représentants, signe du fossé croissant qui se creuse entre les institutions et les citoyens européens. "Si les gens ne votent pas, c’est aussi peut-être parce qu’ils se satisfont de la situation", osait le Britannique Graham Watson, président de l’ALDE . "Mon expérience m’apprend que lorsqu’ils sont mécontents, ils rejoignent les bureaux de vote pour exprimer leur mécontentement". Y croit-il vraiment ?

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