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Gabon

Bongo est mort. Le Gabon dans l’incertitude

Marie-France Cros

Mis en ligne le 09/06/2009

Il est officiellement décédé lundi après-midi d'un arrêt cardiaque. Les Gabonais inquiets : son fils, Ali, respectera-t-il la Constitution ?

Omar Bongo est mort. Au terme d’une série d’annonces et de démentis, le décès du chef d’Etat, 73 ans, dont 41 à la tête du Gabon, a été confirmée, lundi en fin d’après-midi, par le Premier ministre gabonais Jean Eyeghe Ndong. "C’est à 14h30 que l’équipe médicale m’a informé, ainsi que les officiels et membres de la famille présents, que le président de la République, chef de l’Etat, Omar Bongo Ondimba, venait de rendre l’âme des suites d’un arrêt cardiaque". Le doyen des chefs d’Etat africain était hospitalisé à Barcelone depuis un mois, gravement malade. Il était apparemment atteint d’un cancer.

Dimanche soir, l’hebdomadaire français "Le Point" avait annoncé le décès sur son site internet. Lundi, les Affaires étrangères espagnoles avaient cependant indiqué qu’elles ne le confirmaient pas. Puis le Premier ministre gabonais avait assuré, à Barcelone: Omar Bongo est "vivant et va bien", tandis qu’à Libreville, le porte-parole du gouvernement annonçait que le malade allait si bien qu’"il devait même quitter la clinique".

Dans l’après-midi, toutefois, le très sérieux quotidien de Barcelone "La Vanguardia", annonçait sur son site que le président gabonais était décédé le jour même à 14h.

Dans les milieux journalistiques européens circule la rumeur selon laquelle les deux annonces correspondraient, l’une à la mort cérébrale, l’autre à la mort clinique du chef d’Etat. D’autres n’excluent pas que la différence entre les deux ait été mise à profit par des clans gabonais rivaux pour conforter leur position.

Car la polémique sur l’heure du décès a relégué au second plan le plus important : l’incertitude sur la succession du potentat. Comme la plupart de ses pairs incrustés au pouvoir, Omar Bongo a longtemps travaillé à ne laisser personne, dans son pays, se dessiner un profil de successeur - ce qui jette aujourd’hui le doute sur les suites de son décès. Le Gabon, un des rares pays stables d’Afrique centrale, va-t-il, à son tour, basculer dans le désordre?

Constitutionnellement, c’est le président du Sénat qui doit assurer l’intérim à la tête de l’Etat, le temps (30 à 45 jours) d’organiser des présidentielles. Selon l’opinion publique gabonaise, toutefois, le fils aîné d’Omar Bongo, Ali, ministre de la Défense - qui a multiplié les manifestations de force ces derniers jours - se verrait bien succéder à son père. Beaucoup craignent donc une issue à la togolaise, où le fils aîné de feu le dictateur Gnassingbé Eyadema, Faure, avait profité de l’appui de l’armée pour prendre irrégulièrement le pouvoir.

Pratiquant le népotisme à une échelle jamais vue ailleurs (lire ci-dessous à gauche), Omar Bongo a fait de son aîné le ministre de la Défense dès 1999. Ce dernier en a profité pour "placer" ses hommes aux postes-clés et distribué largement matériel et avantages aux militaires. Depuis une hospitalisation d’urgence d’Omar Bongo en novembre 2008, ce mouvement de noyautage s’était encore accentué, Ali Bongo allant jusqu’à remplacer le chef d’état-major particulier de son père par un de ses hommes, ainsi que le chef d’état-major de l’armée et le coordonnateur des services de renseignement.

C’est qu’il lui faut prendre de vitesse ses principaux rivaux: sa sœur aînée, Pascaline, chef de cabinet du président défunt, et le mari de cette dernière, Paul Toungui, dit "Monsieur Gendre", ministre des Affaires étrangères .

Les Gabonais ont cependant des doutes sur les capacités des trois candidats non déclarés à succéder à "Petit Piment", ainsi qu’Omar Bongo était surnommé à l’époque où il était encore en bonne santé, en raison à la fois de sa petite taille et de sa verve combative.

Vice-Président du premier chef d’Etat du Gabon indépendant (1960), Léon Mba, Albert René Bongo succède à ce dernier lorsqu’il meurt, en 1967. Ancien militaire de l’armée française, au sein de laquelle il aurait travaillé pour les services de renseignements, Bongo instaure le parti unique et, en 1973, convertit sa famille à l’islam - pour se rapprocher des monarchies pétrolières du Golfe à l’occasion d’un désaccord avec Paris - bien que cette religion n’ait que 1% de fidèles au Gabon, majoritairement d’origine étrangère.

Omar Bongo aura régné d’une main de fer sur son pays pendant 41 ans, comme dictateur à parti unique d’abord, puis, après la pression en faveur du multipartisme, dans les années 90, grâce à son habileté politique, à la cooptation ou l’achat de ses opposants et par la fraude électorale ("On n’organise pas des élections pour les perdre", disait-il) qui, sans surprise, entraînait un taux d’abstention de 80%.

Il aura ainsi maintenu son pays à l’écart de toute guerre, ce qui lui vaut une réputation de sagesse; entretenu des relations étroites avec le petit monde politique français où il finançait notoirement plusieurs partis à chaque élection, ce qui en faisait une pièce centrale de la nébuleuse affairiste de la "Françafrique" (lire ci-dessous); écarté la majorité de la population gabonaise des richesses pétrolières, en voie d’épuisement, puisque 60% de Gabonais vivent sous le seuil de pauvreté; et commencé fort tard à diversifier l’économie du Gabon.

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Avec la France: protégé, protecteur puis la bouderie

Parrain. Si Omar Bongo est décédé en Espagne, c’est que c’est là qu’il avait été transporté, début mai, alors que son état de santé s’était brusquement aggravé. Traditionnellement, les chefs d’Etat africains dirigeant d’anciennes colonies françaises préfèrent se faire soigner à Paris, où ils ont leurs habitudes et jouissent de relations privilégiées. Ce fut longtemps le cas d’Omar Bongo qui, après avoir grandi en force et longévité à l’ombre de la France, avait petit à petit adopté le rôle de "parrain" de son ancienne protectrice, distribuant les valises de billets à différents partis politiques français avant chaque grande élection, histoire d’avoir plusieurs fers au feu. En 2008, il avait obtenu "la peau" du secrétaire d’Etat à la Coopération Jean-Marie Bockel - qui avait critiqué la mauvaise gestion dans certains pays africains liés à la France - en le faisant muter aux Anciens combattants.

Omar Bongo a donc très mal pris la récente décision de justice française de saisir un de ses comptes bancaires dans l’hexagone pour dédommager un Français ayant un litige avec lui. Et plus encore celle d’un juge d’instruction français de finalement déclarer recevable la plainte déposée contre lui, contre son beau-père le président du Congo-Brazzaville Denis Sassou-Nguesso et contre leur homologue équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema, pour "recel de détournement de fonds publics". Omar Bongo avait alors décidé de bouder Paris, accusé par les thuriféraires du doyen africain de tenter de "déstabiliser le Gabon". M.F.C.

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