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Iran

Les autorités iraniennes ne permettent plus que le journalisme en chambre

Sabine Verhest

Mis en ligne le 17/06/2009

Entravés dans le travail depuis des jours, les médias ne peuvent officiellement plus couvrir les manifestations de l'opposition au président Ahmadinejad.

Désormais, le journalisme se fera en chambre en Iran. "Il est interdit aux médias étrangers de participer ou de couvrir les rassemblements organisés sans autorisation du ministère de l’Intérieur", a annoncé mardi le ministre de la Culture, Mohammad Sfar Harandi. Consignés dans leurs bureaux, tous les journalistes travaillant pour des médias étrangers ont été priés de nourrir leurs reportages de sources officielles et d’entretiens téléphoniques. Matraqués, arrêtés, expulsés ou privés de permis de travail, ils avaient déjà jusqu’ici toutes les peines à couvrir les manifestations. "Depuis le 12 juin, les mesures de censure et les arrestations se sont multipliées", constate l’organisation Reporters sans frontières (RSF). Le site Internet de la BBC est filtré, les chaînes satellitaires VOA et BBC sont partiellement brouillées et le bureau d’Al-Arabiya a été fermé après avoir diffusé les images de la première manifestation. "Nous sommes des témoins gênants", estime l’envoyée spéciale de la chaîne espagnole RTVE, Yolanda Alvarez, expulsée d’Iran lundi. Certains reporters, comme ceux de l’agence Reuters et de France 3, ont été physiquement agressés par des forces de l’ordre. D’autres ont été arrêtés, comme les Belges Willy Vandervorst (RTBF-Radio) et Jef Lambrecht (VRT-Radio), détenus dimanche dans une cave du ministère de l’Intérieur avec "14 jeunes gens, dont 13 menottés et agenouillés le nez contre le mur". Les policiers "ne voulaient pas que des images puissent sortir" pour témoigner de l’ampleur des manifestations, explique Willy Vandervorst, dont l’enregistreur a été confondu avec un appareil photo. Alors qu’il recueillait des témoignages sur l’assaut les bassidjis la veille à l’Université de Téhéran (lire en p. 15), Jef Lambrecht a été arrêté une nouvelle fois lundi et sa carte mémoire a été confisquée. "Ce qui ne me permettait plus de travailler." Avant d’être relâché après deux heures passées enfermé dans un bureau du service des renseignements, il a demandé à l’officier de lui signer un document confirmant la confiscation du matériel - ce qu’il a fait en farsi. Pour les Affaires étrangères belges, qui ont convoqué l’ambassadeur d’Iran mardi, "il semble qu’en ce moment à Téhéran il devienne quasiment impossible pour des journalistes d’exercer leur métier correctement". Tandis que les reporters étrangers quittent le pays, leurs collègues iraniens subissent toujours les foudres du régime. "Les proches de Mahmoud Ahmadinejad continuent à faire pression sur les médias iraniens pour qu’ils ne relayent pas les informations sur les fraudes", relate RSF. Aldolfatah Soltani, avocat de plusieurs journalistes emprisonnés et membre du Cercle des défenseurs des droits de l’homme, a été arrêté hier, tout comme Mohammad ali Abtahi, le "Mollah blogueur" , et Saïd Hajarian, ancien directeur du quotidien réformateur "Sobh-é-Emrouz" à l’origine des révélations sur l’implication de cercles du pouvoir dans la série de meurtres de journalistes et intellectuels en 1998. Depuis vendredi, jour de l’élection, une quinzaine de confrères ont été arrêtés et, pour certains seulement, relâchés. RSF est par surcroît "sans nouvelles d’une dizaine d’autres journalistes qui seraient détenus ou en fuite". Les services de sécurité ont aussi investi les rédactions pour censurer le contenu de journaux qui paraissent avec des colonnes vierges. "Je ne peux même pas publier mes communiqués dans mon journal "Etemad Meli" ! témoigne le candidat Mehdi Karoubi. Pour RSF, le constat est limpide : "Une élection gagnée à coups d’arrestations de journalistes et de censure n’est pas démocratique."

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