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Iran

A Téhéran, l’épreuve de force se durcit

Gérald Papy

Mis en ligne le 17/06/2009

Le pouvoir fait descendre ses partisans dans la rue. L'opposant Moussavi évite le piège de la provocation. Le régime fait mine de transiger mais ne cède rien.

La confrontation entre partisans du pouvoir et supporters de l’opposition en Iran a eu lieu mardi dans les rues de Téhéran. Mais l’affrontement généralisé a été évité.

A l’annonce la veille de l’organisation des deux manifestations à une heure d’intervalle, la crainte était grande de voir la journée se terminer comme la veille dans des incidents meurtriers. Redoutant "le piège des confrontations planifiées", le leader de l’opposition, Mir Hossein Moussavi, a finalement préféré renoncer, mardi matin, à la mobilisation de ses partisans. Il les a donc invités à rester chez eux. Une recommandation que n’ont cependant pas écoutée plusieurs milliers d’entre eux. Ceux-ci ont tout de même décidé de défiler. Les signes de la victoire brandis dans le camp Moussavi contrastaient donc avec la satisfaction affichée par les militants mobilisés par le Conseil de coordination de la propagande islamique, qui avait appelé à la manifestation en faveur du pouvoir. Cet organe, qui dépend directement du Guide suprême de la Révolution Ali Khameneï, avait intitulé la manifestation "marche de l’unification". Mais il était difficile, mardi soir, d’en évaluer le nombre de participants, de source indépendante. Les correspondants étrangers, interdits de reportage par le ministère de la Culture (lire en page 16), n’ont pas davantage couvert la manifestation officielle. D’après les médias gouvernementaux iraniens, ils étaient plusieurs milliers; ce qui est bien la moindre des mobilisations.

Le pouvoir a donc voulu rétablir l’ordre islamique à Téhéran : sans - trop - réprimer les manifestants modérés, et en mettant en exergue la pertinence des revendications des partisans du président réélu Mahmoud Ahmadinejad, lui - même donnant l’apparence de la normalité en remplissant les obligations internationales prévues à Moscou aux côtés des dirigeants de l’Organisation de coopération de Shanghaï. C’est la même tactique qui prévaut au plan institutionnel avec l’annonce par un porte-parole mardi que le Conseil des gardiens de la constitution accepterait un recomptage partiel des bulletins de vote, mais uniquement dans les bureaux à propos desquels des accusations d’irrégularités ont été formulées. Le nouveau décompte se fera en présence de représentants de l’opposition, a accepté le Conseil des gardiens de la constitution. Mais celui-ci a exclu catégoriquement l’annulation de l’élection, réclamée par le camp de Mir Hossein Moussavi.

Face à cette intransigeance des conservateurs radicaux au pouvoir, l’avenir de l’Iran était suspendu mardi soir à l’attitude de Mir Hossein Moussavi et des contestataires : temporisation au risque de perdre en capacité d’action ou fuite en avant au risque d’un embrasement ?

Savoir Plus

Des étudiants tués à l'Université de Téhéran?

Il n’est finalement pas acquis que les manifestants tués à la fin du rassemblement monstre en faveur du candidat conservateur modéré Mir Hossein Moussavi lundi dans la capitale iranienne aient été les premiers morts du "printemps de Téhéran". Le voile commence à être levé sur un incident antérieur qui, lui aussi, aurait fait des victimes.

Dimanche soir, un bâtiment abritant un dortoir de l’Université de Téhéran a été pris d’assaut par des membres de la milice islamique des bassidjis et par des policiers en civil. Les étudiants avaient décidé d’exprimer leur opposition à la réélection annoncée de Mahmoud Ahmadinejad en scandant des slogans hostiles au Président depuis les toits. Les forces de l’ordre sont intervenues de façon musclée. Selon les sources, elles auraient soit tué trois étudiants (témoignage à l’agence Reuters d’un militant estudiantin), soit blessé seize d’entre eux (d’après l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran).

Mais, en tout cas, l’opération policière a été jugée injustifiée jusque dans les travées du Parlement au point de susciter une réaction virulente de son président, le conservateur Ari Larijani. Pressé par des députés, dont le vice-Président conservateur lui aussi du Parlement, il a été contraint d’annoncer la mise sur pied d’une commission d’enquête visant à déterminer les responsabilités dans l’attaque. Et il n’a pas hésité à mettre en cause le ministre de l’Intérieur, Sadegh Mahsouli, en charge des forces de police, pour sa gestion du dossier. Preuve, s’il en fallait encore, que le pouvoir iranien, même le plus conservateur, n’est plus monolithique. G. P.

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