Abonnez-vous a La Libre Belgique

Iran

Malgré les coups de matraque reçus dans le dos, Sarah a décidé de continuer le combat

Mis en ligne le 17/06/2009

La jeune militante pro-Moussavi veut encore croire au changement.
Reportage Sanaz Ghadiri Correspondance particulière à Téhéran

Elle s’appelle Sarah et témoigne de la violence des forces de l’ordre contre les manifestants qui contestent depuis samedi les résultats de la présidentielle iranienne. "Ils ont saccagé puis scellé notre quartier général. J’ai pu entrer à l’intérieur en escaladant la grille; ils avaient tout détruit, les ordinateurs, les bureaux " témoigne cette jeune militante pro-Moussavi, le candidat réformiste arrivé officiellement en deuxième position.

Malgré les coups de matraque dans le dos et dans le ventre, reçus lors d’une manifestation dans le quartier du ministère de l’Intérieur, elle continue son combat. Comme au moins un million d’Iraniens, elle s’est rendue lundi au rassemblement organisé à Téhéran pour soutenir Mir Hossein Moussavi. D’après des Iraniens présents sur place, les rues étaient bondées, du square de l’imam Hossein à la place Azadi et partout dans les rues adjacentes. "Ça ne s’est jamais vu depuis la Révolution en 1979 !" raconte Farhad, la cinquantaine.

La comparaison n’est pas excessive. Comme au début de la Révolution également, des cris "Allah Akbar" s’élèvent des toits de Téhéran, tous les soirs à 21 h. "On ne peut pas les arrêter !" Pendant ce temps, les chaînes d’Etat diffusent en boucle le résultat des élections région par région, avec Mahmoud Ahmadinejad qui trône en tête.

Reza, un avocat iranien, ne pense pas que les manifestations changeront la donne. D’après lui, le mouvement finira par s’essouffler. "Moussavi n’est pas un véritable leader; le mouvement n’est pas assez structuré. Il faudrait un représentant dans chaque province."

Autre inquiétude, la violence à l’égard des très jeunes manifestants a grimpé d’un cran. En début de soirée, des bassidjis, les miliciens acquis à Ahmadinejad, investissent les carrefours des principales villes du pays, en treillis et armés de matraques vertes et blanches. "Au matin, devant les bashka - centre de rétention - les parents font la queue pour récupérer leurs enfants arrêtés la veille", raconte Reza dont la nièce, fille d’un "martyr" de la guerre Iran-Irak, vient d’être libérée après avoir été arrêtée avec un sac à dos chargé de briques.

Face à ces menaces, les parents, dont certains ont activement participé aux événements de la révolution islamique de 1979, interdisent à leurs enfants d’aller manifester. Surtout depuis l’annonce par la télévision d’Etat qu’il y a eu sept morts lundi en marge de la manifestation pro-Moussavi. "Il y a bien eu sept morts à Téhéran", raconte un chauffeur de taxi. "Je l’ai entendu à la BBC." Lui a voté pour Mahmoud Ahmadinejad et ne le regrette pas. "Hachemi Rafsanjani (le Président iranien au début des années 90, NdlR) était derrière tous les autres candidats et c’est un riche voleur", se justifie-t-il. Mais depuis lundi, confie le jeune homme, il a le cœur lourd. "C’est trop violent, ils devraient leur laisser un espace pour manifester."

Dans la rue, une mère de famille tend discrètement un sachet de sucreries iraniennes nouées dans un tissu de dentelle. Habituellement offerte durant les mariages pour souhaiter une vie heureuse aux époux, cette dentelle-là est verte. "Prenez-les, chuchote-t-elle, ils sont pour Mir Hossein Moussavi." Dans la rue encore, les Iraniens interpellent les journalistes. Ils veulent s’exprimer sur les résultats du vote, frustrés de pouvoir le faire ni par le canal des médias iraniens, ni par le biais d’un quelconque représentant.

© Libération

Autres Informations

Facebook

À ne pas manquer

ESSENTIELLE

Retrouvez toute l'actualité féminine, mode et bien-être sur le site essentielle.be

Voyages

Destinations exclusives et parcours culturels.

Emploi

Trouvez un job

Haut de page