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Iran
Moussavi ne se soumet pas
Gérald Papy
Mis en ligne le 22/06/2009
Avec la poursuite des manifestations de l’opposition et avec les critiques réitérées de son leader Mir Hossein Moussavi contre l’issue officielle de la présidentielle et contre le Guide suprême Ali Khamenei qui l’avait avalisée la veille, la crise iranienne a basculé samedi dans une nouvelle phase : une crise de régime. Avant les manifestations, certains observateurs évoquaient encore la possibilité d’un arrangement au faîte du pouvoir qui aurait consisté en la nomination de représentants du camp Moussavi dans le nouveau gouvernement du président réélu Mahmoud Ahmadinejad. Cette perspective a été balayée par les manifestations de samedi à Téhéran, par la répression qui les a accompagnées et par un discours très sévère de l’opposant.
Les correspondants étrangers étant empêchés de couvrir les "manifestations illégales" en Iran, il est malaisé de déterminer l’ampleur de la contestation. Selon des témoignages (lire ci-contre), des manifestants se sont rassemblés pacifiquement au moins en trois endroits de la capitale iranienne : sur la place Enghelab ("Révolution"), devant l’Université de Téhéran et place Azadi. Ils auraient été chaque fois quelques milliers à défiler pour réclamer l’annulation de l’élection présidentielle. La veille, le Guide suprême de la révolution Ali Khamenei avait pourtant sifflé, dans son entendement, la fin de la récréation et avait sommé les opposants de cesser leurs protestations de rue. Cet avertissement annonçait une répression dure, qui ne s’était pas encore manifestée la semaine dernière, hors la réaction de miliciens bassidjis, lundi, à l’attaque d’un de leurs locaux à Téhéran. Cette fois-ci, les forces de l’ordre sont entrées en action dès avant que les manifestants rejoignent leur lieu de rassemblement, place Enghelab, et avec une brutalité inaccoutumée. Résultat, de l’aveu même des médias officiels : de 10 à 13 morts; ce qui augure un bilan plus lourd. Coups de matraque, canons à eau (bouillante ?), gaz lacrymogènes et armes à feu ont en tout cas été utilisés par les forces de police et les milices.
Les autorités officielles ont attribué la responsabilité des incidents à des "agents terroristes" et ont évoqué l’infiltration de membres de l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran (OMPI), principale formation de l’opposition en exil (lire ci-dessous). Celle-ci dispose certes de militants actifs à l’intérieur de l’Iran; ceux-ci ont sans doute les moyens de provoquer ou d’attiser des troubles; mais ces constats ne démontrent pas pour autant qu’ils en soient, en l’occurrence, les responsables. Et comme pour appuyer le spectre terroriste brandi par le pouvoir, un "attentat" a été commis, samedi aussi, au Mausolée de l’imam Khomeiny, faisant deux morts.
La poursuite de la lutte a en outre et surtout été soutenue par les déclarations de Mir Hossein Moussavi qui a jugé que l’attitude d’Ali Khamenei représentait "une menace pour le caractère républicain de la République islamique" et faisait craindre "l’imposition d’un nouveau système politique". Or, a-t-il ajouté, "nous ne sommes pas contre le système islamique et ses lois mais contre les mensonges et les détournements et nous voulons seulement le réformer".
Dans ce bras de fer, un homme s’est encore gardé de réagir ce week-end alors qu’une prise de position était annoncée, c’est Ali Hachémi Rafsandjani, l’ancien Président et autre homme fort du régime, qui détient peut-être la clé de son avenir. Samedi, sa fille Faezeh, ralliée au camp Moussavi, a été arrêtée
Savoir Plus
457 personnes ont été arrêtées dans les affrontements de samedi soir autour de la place Azadi à Téhéran, ont indiqué lundi des sources policières citées par la radio d'Etat. Selon l'agence Fars, qui cite également des sources policières, 40 policiers ont été blessés et 34 bâtiments gouvernementaux endommagés.
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