Abonnez-vous a La Libre Belgique

Iran

L'Iran devenu la Palestine

Mis en ligne le 22/06/2009

Les témoignages démontrent la brutalité de la répression de l'"intifada".


JEAN-PIERRE PERRIN CORRESPONDANCE PARTICULIÈRE

L'intifada a déferlé samedi sur Téhéran. Les slogans, peints à la va-vite sur la grande avenue Vali Asr, y font d'ailleurs référence. " L'intifada est entrée dans sa deuxième phase", annonce l'un d'eux. " Peuple, pourquoi restes-tu assis ? L'Iran est devenu la Palestine", affirme un second. " Ali Sharon", ose même un autre slogan, réunissant le prénom du Guide suprême Ali Khameneï au nom de l'ex-Premier ministre israélien célèbre dans tout le Moyen-Orient pour ses brutalités.

Brutales, violentes, les forces de l'ordre l'ont été à l'évidence. Si les policiers ont attaqué les manifestants à coups de matraque, de gaz lacrymogènes et de canons à eau, les bassidji (les "volontaires mobilisés") et les lebas chakhsi (littéralement, les vêtements civils, c'est-à-dire la police secrète) ont usé du cable électrique, du poignard, voire de la kalachnikov. Sur une vidéo prise par un manifestant, on peut voir une jeune femme s'effondrer, touchée d'une balle en plein cœur. Aux ordres du pouvoir, la télévision d'Etat, qui ne couvre quasiment jamais les manifestations, a pourtant diffusé en fin d'après-midi quelques dizaines de secondes d'images sur les "terroristes", où l'on voit des civils matraqués sur un trottoir par des policiers. Ce que craignent le plus les manifestants, ce sont les voltigeurs, des motards qui fondent sur les cortèges et frappent à coups de bâton les opposants.

"Nous avons commencé sur le trottoir depuis la place Enghelab vers 16h et nous avons marché tranquillement pendant une heure, les gens nous rejoignaient sur le chemin", a expliqué un témoin à l'Agence France-presse. "Un grand nombre de gardes sur des motos nous sont tombés dessus et nous ont battus brutalement", a-t-il ajouté. "Alors que nous étions en train de fuir, les bassidjis attendaient dans les petites rues avec des matraques, mais des gens nous ont ouvert leur porte quand nous étions dans une impasse", a-t-il encore précisé.

En l'absence de journalistes, expulsés du pays ou interdits de suivre les défilés, ce sont les vidéos et les photos prises par les manifestants qui ont permis d'avoir une idée de la dureté des affrontements. La manifestation ayant été interdite par les autorités, le Guide suprême iranien ayant lui- même lancé un avertissement contre "le sang, la violence et le chaos" si les défilés se poursuivaient, celle-ci, prévue pour être pacifique, ne pouvait qu'être sanglante. Tout autour de la place Azadi (Liberté), les grilles le long des avenues ont été arrachées. Au moins un poste de police et trois autobus ont été incendiés sur l'avenue Satarkan. Ce qui frappe aussi, c'est la participation importante des femmes à ces manifestations, nombre d'entre elles apportant les pierres qui seront lancées sur les forces de l'ordre. "Elles sont en première ligne. Elles ne sont pas avec les hommes, ce sont les hommes qui sont avec elles", estime Fattah, un informaticien iranien qui, depuis Genève, suit les événements minute par minute.

Dramatique, la journée de samedi l'a aussi été par les déclarations du candidat modéré Mir Hossein Moussavi, qui s'est dit prêt à mourir en "martyr". Par ailleurs, dans une lettre adressée samedi au peuple iranien, il a accusé le Guide suprême, sans le nommer, de mettre en danger le caractère républicain de la République islamique en ayant validé dans son grand discours prononcé la veille, la réélection du président Ahmadinejad. "La révolution continue à travers le sang des martyrs", a-t-il aussi affirmé. Dimanche soir, il dénonçait "les arrestations massives" de ses partisans qui, selon lui, "vont créer un fossé entre la société et les forces armées du pays" Il a cependant appelé ses supporters "à la retenue".

Sur son site, l'ex-président Mohammad Khatami lui a lancé un appel poignant en faveur de trois personnalités réformistes arrêtées depuis plusieurs jours, dont l'ancien vice-ministre de l'Intérieur Tadzadeh et l'ancien vice-président Abtahi. "Criez "Allah o Akbar", ce sera un baume sur leurs cris de douleur car ils subissent les pires des tortures". De son côté, le grand ayatollah Hossein Ali Montazeri, un religieux dissident qui fut un temps pressenti pour succéder à l'imam Khomeiny, a repris ses critiques contre l'actuel pouvoir: "Résister aux revendications du peuple est interdit, par la religion". Sur son site, il a appelé à trois jours de deuil pour les manifestants tués samedi.

©Libération

© La Libre Belgique 2009

Autres Informations

Facebook

À ne pas manquer

ESSENTIELLE

Retrouvez toute l'actualité féminine, mode et bien-être sur le site essentielle.be

Voyages

Destinations exclusives et parcours culturels.

Emploi

Trouvez un job

Haut de page