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France

La France va s’informer sur la burqa

Bernard Delattre

Mis en ligne le 02/07/2009

Une mission parlementaire d'information sur le voile intégral musulman a été installée mercredi. Vers une interdiction de cette tenue ? Pas simple.
Correspondant permanent à Paris

C es menaces sont une confirmation de l’existence d’un problème. Pour nous, c’est un clignotant qui ne peut que nous inciter encore plus à avancer". Mercredi, le député communiste André Gérin a ainsi commenté les menaces terroristes adressées à la France, en représailles aux propos récents de responsables politiques ayant condamné le port du voile musulman intégral, niqab ou burqa. Ce parlementaire - pour qui ce vêtement "représente une atteinte aux libertés individuelles, à la féminité", est "une prison ambulante" - a également été nommé à la tête de la mission parlementaire d’information dont il est à l’origine et qui a été installée mercredi. Elle a pour tâche de mieux mesurer ce phénomène vestimentaire en France et de proposer, si elle le juge nécessaire, des façons de l’encadrer. "On n’est pas là pour se laisser intimider !", a renchéri son collègue député UMP, l’ancien ministre Eric Raoult, qui a été nommé rapporteur de cette mission parlementaire. "La règle en France doit être : musulman dans son foyer, citoyen dans sa cité !"

Très médiatisé en France ces dernières semaines, ce dossier de la burqa a été évoqué jusque dans le cadre solennel du Congrès de Versailles. La semaine dernière, Nicolas Sarkozy y a jugé que "le problème de la burqa n’est pas un problème religieux. C’est un problème de liberté, de dignité de la femme. Ce n’est pas un signe religieux, c’est un signe d’asservissement, c’est un signe d’abaissement". Précisant d’emblée qu’à ses yeux, cette tenue vestimentaire n’était "pas la bienvenue sur le territoire de la République", le chef de l’Etat a donné son feu vert à ce que les parlementaires planchent sur le sujet.

Si c’est la formule de la mission parlementaire d’information, et non celle de la commission d’enquête, qui a été retenue, c’est pour ne pas heurter la communauté musulmane de France (5 millions d’âmes, la plus grande d’Europe), alors que ce pays n’est pas rarement traversé par des courants d’islamophobie. Le Conseil représentatif du culte musulman (CFCM) avait dit ses "réserves" à une telle enquête, jugée stigmatisante. Pour autant, il n’encourage pas le voile intégral. Le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, l’a rabaissé à un "vêtement exotique, étranger à nos traditions", dont le port traduit "une radicalisation, un excès" puisqu’il ne répond pas à une prescription coranique. De même, le propre président du CFCM, Mohammed Moussaoui, s’il a réduit le port de ce vêtement en France à un "phénomène extrêmement marginal", n’y est "pas favorable" Selon lui, "à celles qui assurent que la burqa, c’est leur façon de vivre leur spiritualité, nous devons dire avec pédagogie que ce n’est pas la voie que prônent la majorité des théologiens musulmans"

De là à interdire légalement le voile intégral ? A droite, l’idée fait son chemin. En 2008, d’ailleurs, une proposition de loi UMP a été déposée au Parlement, qui punit le port de cette tenue de deux mois de prison, 15000 euros d’amende et l’éloignement du territoire national. A gauche, cependant, on est plus tiède. "Si une loi interdit la burqa, ces femmes auront toujours la burqa mais elles resteront chez elles et on ne les verra plus", a alerté la socialiste Martine Aubry. "Le risque, c’est que ces femmes soient complètement recluses, et la stigmatisation ne me semble pas la bonne solution", a insisté l’écologiste Cécile Dufflot.

Surtout, légalement, une chose est d’avoir étendu à l’école publique (comme la France le fit en 2004) l’interdiction du voile en vigueur dans les administrations ou les hôpitaux, une autre chose est de légiférer, de manière jugée non discriminatoire, sur la tenue vestimentaire arborée sur la voie publique - au-delà de certains cas particuliers, déjà couverts par la législation (code de la route, etc.). "Il serait difficile d’affirmer que la burqa porte atteinte à l’ordre public", a déjà averti le CFCM. "La règle en France, c’est de dire que, dans les rues, chacun est libre", a rappelé dernièrement le ministre (ex-PS) de l’Immigration, Eric Besson. Au moment où, déjà, les syndicats policiers s’arrachent les cheveux en se demandant comment, sur le terrain, ils vont bien parvenir à faire respecter la nouvelle interdiction du port de cagoules ou de masques lors de manifestations.

Savoir Plus

Des règlements communauw en Belgique

En Belgique , il n’y a pas de législation interdisant explicitement le port de la burqa.

Confrontées au problème, certaines communes ont donc adopté des règlements ou en ont exhumé d’autres.

Ainsi, Maaseik, dans le Limbourg, a édicté un règlement général de police interdisant à quiconque de "se présenter dans l’espace public masqué ou déguisé". D’autres communes, notamment en Région bruxelloise, ont ressorti un règlement ancien qui stipule que "sans autorisation de l’autorité compétente, il est interdit sur le domaine public de se dissimuler le visage par des grimages, le port d’un masque ou tout autre moyen, à l’exception du temps du carnaval"

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