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Congo-Kinshasa

Jean-Pierre Bemba acclamé à Bruxelles

Marie-France Cros

Mis en ligne le 09/07/2009

Il avait été brièvement libéré pour un adieu à son père, récemment décédé.

La cathédrale Sts-Michel et Gudule était pleine, mercredi midi, pour la cérémonie religieuse marquant le décès du sénateur congolais Jeannot Bemba Saolona, père du principal opposant congolais, avant son enterrement au Congo. Une partie du gotha kinois ainsi que le ban et l’arrière-ban de la bonne société congolaise étaient venus rendre un dernier hommage à l’ancien patron des patrons zaïrois et ex-ministre de l’Economie de Laurent Kabila. Les amis de l’époque mobutiste du défunt - les généraux Eluki, Baramoto, Kikunda, cinq filles Mobutu ou l’ancien gouverneur de la banque centrale Djamboleka - côtoyaient les personnalités du régime actuel, du président du Sénat, Kengo wa Dondo, et vingt députés et sénateurs MLC (le parti de J.-P. Bemba), à l’ambassadeur du Congo à Bruxelles, Henri Mova, et une assistance belge d’hommes d’affaires et parents affligés - sans compter de nombreux policiers en civil.

C’est quand tout ce beau monde a été installé que la haute silhouette de Jean-Pierre Bemba, peu changé par un an de détention, s’est glissée discrètement au premier rang de l’assemblée, à côté de la veuve, Pierrette Bemba - une parente d’Etienne Tshisekedi.

Jean-Pierre Bemba est incarcéré à la prison de la Cour pénale internationale (CPI) à la Haye et la nouvelle de sa possible libération temporaire, à l’occasion du décès de son père, faisait depuis quelques jours l’objet de nombreux messages Internet dans la diaspora congolaise.

Le bruit court, dans cette dernière, que l’opposant pourrait être bientôt libéré en raison de la demande faite par la CPI à la Belgique, la France et le Portugal, d’examiner si ces pays pourraient accueillir l’accusé en cas de mise en liberté conditionnelle. Me Nkwebe Lidriss, conseil principal de l’équipe de défense de Jean-Pierre Bemba, coupe cependant le pied à de tels espoirs. "C’est une demande normale, prévue par les statuts, qui fixent qu’à la date anniversaire de la détention, la chambre doit vérifier les conditions de mise en liberté provisoire éventuelle. Cela ne veut pas dire que celle-ci s’annonce ", précise l’avocat à "La Libre Belgique".

Et de poursuivre : "Cela dit, nous, nous pensons qu’il y a des raisons d’ordonner cette liberté provisoire. Le mandat d’arrêt du 25 juin 2008 a en effet été délivré après audition unilatérale du procureur Moreno Ocampo. Ce mandat était fondé sur les accusations suivantes : Jean-Pierre Bemba agissant comme coauteur, a ordonné et planifié la destruction de l’économie centrafricaine, le viol de 3 000 femmes et plus de 500 meurtres. Lors de l’audience de confirmation des charges, cependant, le juge a dit que Jean - Pierre Bemba n’avait ni ordonné ni planifié un quelconque crime, mais omis de façon non intentionnelle d’empêcher des meurtres, six viols et des vols. La question est donc : la CPI aurait-elle délivré le mandat d’arrêt si elle avait entendu les faits tels qu’ils sont reconnus maintenant ?" argumente l’avocat.

A l’issue de la cérémonie religieuse, vers 14 h 30, lorsque la famille, suivant le cercueil, s’est dirigée vers la porte monumentale de la cathédrale, un frémissement a couru parmi les petites gens massées dans le fond. Soudainement, cette foule a acclamé Jean-Pierre Bemba. "Président ! Président !" scandait-elle sous les voûtes gothiques, qui n’avaient entendu pareille clameur depuis des siècles, alors que l’intéressé, visage fermé, faisait demi-tour, poussé par les policiers chargés de le surveiller et le - bon - service d’ordre de la famille Bemba, pour sortir de la cathédrale par une porte latérale.

Rendue plus vive par le court chahut, l’assistance se partageait entre désapprobation - "pas ici, pas à l’église, quand même" -, indulgence - "on peut les comprendre..." - et partage. "On est venu voir notre Président", expliquait une femme en pagne de deuil. "On ne veut pas qu’il retourne en prison; on a besoin de lui", ajoutait un homme habillé sans luxe. "On voulait qu’il nous dise quelques mots", regrettait un homme plus âgé.

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