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Union Européenne
Au Parlement, du neuf à l’est
Véronique Leblanc
Mis en ligne le 14/07/2009
Première plénière strasbourgeoise pour les 736 eurodéputés élus le 7 juin. Après une cérémonie d’hommage aux sortants lundi en fin de journée, c’est ce mardi que les choses sérieuses vont commencer dans un hémicycle revu et corrigé par le récent scrutin communautaire avec, en ouverture de séance, l’élection de son président. Et là, nul suspense à attendre.
A moins d’un coup de théâtre phénoménal, l’homme de la situation sera le Polonais Jerzy Buzek issu du groupe du PPE (Parti Populaire européen, conservateurs) tout comme l’était le président sortant, l’Allemand Hans-Gert Pöttering. La nouveauté en l’occurrence sera que, pour la première fois, le Parlement européen sera dirigé par une personnalité venue de l’un des dix pays issus de l’élargissement de 2004.
Derrière cette chronique d’une élection annoncée, un accord politique conclu le 7 juillet entre les deux groupes les plus importants en nombre au sein de l’hémicycle : le PPE d’une part, les socialistes de l’autre. Fifty-fifty : deux ans et demi à la tête de l’hémicycle pour chacun avec Jerzy Buzek en début de législature et - sans doute - l’Allemand Martin Schulz, actuel président du S&D (nouvel acronyme du groupe de l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates), pour prendre le relais et terminer la mandature.
Ce "deal" n’est pas nouveau: baptisé "accord de grande coalition", il est devenu un classique depuis 1989 avec une seule exception lorsqu’en 1999, le PPE a préféré s’entendre avec les Libéraux sur le nom de l’Irlandais Pat Cox, renvoyant les socialistes dans l’opposition. Ceux-ci sont revenus au perchoir en 2004 avec l’élection de l’Espagnol Josep Borrell Fontelles auquel succéda Hans-Gert Pöttering. L’accord conclu cette fois vise à atteindre la majorité absolue requise de 369 députés sur 736 grâce aux 264 voix PPE jointes aux 184 émanant du S&D. Avec 448 eurodéputés en tout, conservateurs et socialistes devraient pouvoir se partager, outre la présidence du Parlement européen, celles des plus importantes des vingt commissions et deux sous-commissions parlementaires. Une affaire rondement menée et aux implications plus larges qu’il n’y paraît.
L’Italie présentait en effet un challenger face à Jerzy Buzek en la personne du PPE Mario Mauro qui s’est retiré de la course pour "ne pas diviser le groupe". Une concession que Silvio Berlusconi devrait monnayer âprement en réclamant un portefeuille important pour son pays à la Commission européenne, briguant même pour lui-même - si le traité de Lisbonne entre en vigueur - le titre de Haut Représentant pour la Politique extérieure de l’Union européenne laissé vacant par un Javier Solana qui a annoncé qu’il ne briguerait plus une fonction assumée depuis 1999.
L’accord conclu pourrait aussi augurer d’un vote commun sur la reconduction du Portugais José Manuel Barroso à la tête de la Commission dès la session du 14 septembre, principe auquel le groupe libéral et démocrate de l’ALDE est prêt à se rallier. Mais la décision des Irlandais de convoquer un nouveau référendum sur le traité de Lisbonne le 2 octobre complique un peu la donne. Il ne faudrait pas que le Parlement donne l’impression de n’avoir cure du résultat de ce scrutin, d’autant plus que ledit traité prévoit de nouvelles règles d’investiture du président de la Commission qui devra être élu à la majorité absolue des votants et non plus à la majorité simple. Côté allemand, par ailleurs, la reconduction du très controversé Barroso par les socialistes européens alliés à des conservateurs et des libéraux à quelques jours des élections législatives pourrait compliquer la campagne du SPD. Bref, il n’est pas encore certain que ce point - crucial - figure au programme de la rentrée parlementaire
Pour l’heure, l’hémicycle s’apprête à se choisir son propre président en se conformant à l’accord technique conclu entre le PPE et les socialistes. D’autres candidats devraient briguer la fonction, présentés par un groupe, comme ce sera le cas pour la Suédoise Eva-Britt Svensson issue de la Gauche Unie Européenne (GUE), ou soutenus par quarante de leurs collègues. Mais personne ne doute que Jerzy Buzek sera bien le douzième président du Parlement européen élu au suffrage universel. L’accord sur son nom n’empêchera pas à l’avenir chaque partenaire de la coalition de garder sa liberté de vote, mais il est clair qu’il favorisera la recherche de compromis. Une manière d’agir en politique d’ailleurs nécessaire au Parlement européen s’il veut imposer sa volonté au Conseil des ministres puisque seuls les amendements ayant recueilli une majorité absolue au sein de l’hémicycle s’imposent à ce dernier.
Savoir Plus
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"Non à Barroso" : les nouveaux eurodéputés verts ont enfourché lundi des vélos à la gare de Strasbourg, en route pour le Parlement européen, en arborant des T-shirts contre la reconduction du président de la Commission européenne. "Barroso incarne le système ultra-libéral dont nous ne voulons plus", précise l’ancienne magistrate franco-norvégienne Eva Joly. "Nous avons encore espoir de l’éviter; nous pourrions avoir une femme comme l’Irlandaise Mary Robinson", suggère-t-elle. La plus jeune élue française Karima Delli enfile son polo anti-Barroso, en estimant aussi que l’actuel haut dirigeant de la Commission européenne "n’incarne pas l’intérêt général", avant de zigzaguer sur sa bicyclette et pester contre ses talons hauts.
Eva Joly, nouvelle venue en politique, espère que le dossier climatique avancera à grands pas sous la présidence suédoise de l’Union européenne, d’ici à la grande réunion internationale de Copenhague à la fin de l’année. En attendant, se rendre à vélo au Parlement "est une façon symbolique de dire que tous les petits gestes comptent pour le climat", lance-t-elle avant de rejoindre ses nouveaux bureaux avec un peloton d’élus verts. (AFP)
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