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"Tous les astronautes rêvent de Mars"
XAVIER DUCARME
Mis en ligne le 20/07/2009
Jean-Louis Chrétien est un pionnier. Il est le premier européen de l'Ouest à avoir été dans l'espace, en 1982, lors d'une mission franco-russe qui lui permettra de rester une semaine à bord de la station soviétique Saliout 7, l'ancêtre de Mir, dans laquelle il séjournera durant un mois six ans plus tard, mission au cours de laquelle il effectuera une sortie extra-véhiculaire de six heures. Le Français volera ensuite à bord de la navette spatiale Atlantis en 1997. Une mission de dix jours où le vaisseau américain s'amarrera avec Mir. La spationaute a publié récemment un livre d'entretien (*) avec sa compagne, l'actrice Catherine Alric, dans lequel il fait part au lecteur des secrets du quotidien de la vie dans l'espace et livre ses plus profondes convictions sur l'avenir de l'aventure spatiale. Il y confie aussi quelques souvenirs.
De quelle manière avez-vous vécu le 21 juillet 1969 ?
Je m'en souviens comme si c'était hier. J'étais jeune officier de l'armée de l'air et pilote de chasse à Orange. J'ai regardé l'événement comme tout le monde à la télévision. Mais le lendemain matin, je devais effectuer très tôt une mission. J'étais tellement bouleversé par ce que j'avais vécu que, tant par fatigue que par distraction, j'ai fait atterrir mon avion sur l'aéroport d'Aurillac alors que je devais aller à Rodez...
Si aujourd'hui, on vous offrait la possibilité de retourner dans l'espace, quelle est la destination qui vous plairait le plus, dont vous avez toujours rêvé ?
Oh, sans hésiter, ce serait marcher sur le sol martien. Aujourd'hui, le vol vers Mars est ce qui fait rêver la grande majorité des astronautes. Après avoir été trois fois dans l'espace, avoir goûté aux joies de l'apesanteur, Mars devient l'objectif absolu, même si je sais qu'en ce qui me concerne cela restera un rêve. Il faudra encore attendre une vingtaine d'années pour que cela soit possible. A condition évidemment que les Etats décident d'y mettre le prix. La technique, elle ne peut être atteinte que si l'on investit. Mais l'idée même de voir la Terre et la Lune s'éloigner lentement pour ne devenir qu'un point lumineux dans le hublot, de voir Mars commencer à grandir, d'y distinguer à la surface des détails chaque jour plus visible, de découvrir le site d'atterrissage, les endroits à visiter, d'imaginer y poser le pied, d'y vivre six à dix mois avant de repartir, tout cela continue à me fasciner.
Mais finalement, tout cet effort, tout le risque de ce voyage de plus de deux ans, tout cet argent dépensé, cela sert à quoi ?
Cette question, on me la pose constamment. Je ne peux justifier la conquête spatiale autrement que par la volonté innée de l'Homme d'être un explorateur. Vouloir en permanence savoir ce qui se passe ailleurs, cela répond à un instinct de survie, sans doute inscrit quelque part dans nos gènes.
L'instinct de survie, il ne devrait pas actuellement s'attacher surtout à préserver la Terre ?
Bien évidemment. Et là aussi, je peux vous dire que les astronautes peuvent apporter leur témoignage. Nulle part d'autre que dans l'espace, on ne se rend compte autant que la Terre est un vaisseau dans lequel nous nous trouvons tous. De là-haut la Terre n'est rien d'autre qu'une Arche de Noé.
Savoir Plus
Rêves d'étoiles, Jean-Loup Chrétien et Catherine Alric. Editions Alphée - Jean-Paul Bertrand, 236 p., 21 €
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