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procès d’Aung San Suu Kyi
L’appétit des investisseurs est insatiable
Pierre Loppe
Mis en ligne le 08/08/2009
Contrairement à ce que l’on pourrait croire… ou espérer, les condamnations répétées de la junte au pouvoir n’ont pas découragé les investisseurs étrangers qui opèrent en Birmanie, tristement célèbre pour ses violations des droits humains et des travailleurs. Bien au contraire. Selon les tout derniers chiffres officiels rendus publics par les autorités locales et relayés par le site norvégien “Democratic voice of Burma”, ils sont de plus en plus nombreux à vouloir s’approprier les richesses naturelles du pays, en dépit de l’indignation internationale, du renforcement du régime des sanctions et des appels au boycott.
Au cours de l’année fiscale 2008-2009, les investissements étrangers en Birmanie se sont élevés à 984 millions de dollars contre 172 millions pour l’exercice précédent. Ils ont ainsi plus que quintuplé en un an, sous l’impulsion principalement de la Chine qui se trouve à l’origine de 85 % des projets en cours, pour la plupart dans l’exploitation de ressources minières et d’hydrocarbures, suivie par la Thaïlande, la Malaisie, la Russie, la Corée du Sud et l’Inde. A noter que ce tonus exceptionnel des investissements étrangers provient en grande partie des fonds consacrés par l’ex-Empire du milieu à la construction d’un gazoduc depuis les champs offshore de Shwe, au large de l’Etat d’Arakan, au sud-est du pays.
Pays essentiellement rural, à l’économie officielle sous contrôle absolu et à l’économie parallèle fourmillante, la Birmanie est en effet un exportateur important de gaz naturel qui lui rapporte environ 3 milliards de dollars par an, soit plus de la moitié de ses exportations globales. Soit dit en passant, ces livraisons ont permis récemment aux dirigeants militaires d’acheter des armes à la Chine, des hélicoptères à l’Inde et de projeter la construction d’une centrale nucléaire financée par des capitaux russes, officiellement “pour produire des isotopes à usage médical”…Et c’est bien là le problème.
Le cas le plus emblématique de la présence étrangère au Myanmar est bien entendu celui de Total, représenté autrefois sous la bannière belge de PetroFina et accusé depuis 2002 par quatre réfugiés birmans de complicité de crime contre l’humanité lors de la construction d’un gazoduc. Récusant l’ensemble des accusations portées contre lui, le géant français se défend en ces termes : “Le maintien de notre présence relève d’un choix délibéré. Celui-ci ne cautionne aucun régime mais exprime la conviction profonde de Total que développement économique et progrès des droits de l’homme vont de pair. Ce n’est pas en aggravant les difficultés d’un pays pauvre par un embargo que l’on améliorera le sort de ses habitants”. Un raisonnement qui fait bondir le collectif belge “Actions Birmanie”, lequel ne manque pas de riposter : “Plus que jamais, le support apporté par Total à l’ignoble dictature birmane doit être dénoncé, comme doivent l’être sans relâche les arguments fallacieux utilisés par l’entreprise pour tenter de justifier sa collaboration honteuse”, souligne-t-il.
Si les investissements étrangers sont légion dans les domaines du pétrole, du gaz et de l’hydroélectricité, ils se pratiquent également dans le secteur minier (cuivre et pierres précieuses), le bois, l’immobilier et le tourisme. Dans la majorité des cas, les investissements s’opèrent dans le cadre d’une “joint-venture”. De telle sorte que, selon plusieurs ONG, une part importante des bénéfices revient tôt ou tard, sous une forme ou une autre, à la junte militaire. L’exploitation des ressources ne profite donc nullement aux populations locales du fait de la mainmise des autorités et du degré extrêmement élevé de corruption, estiment-elles. Ce que démentent les multinationales présentes en Birmanie qui se persuadent, sans convaincre grand monde jusqu’ici, que “l’ouverture économique favorisera une évolution politique et sociale positive”.
Toujours est-il qu’en fonction des risques encourus sur les plans financier, juridique et politique, mais aussi en termes de réputation, un grand nombre d’entreprises ont désinvesti de Birmanie ces dix dernières années et notamment British American Tobacco, Texaco, Levi Strauss Anheuser-Busch (Etats-Unis), Triumph International (Suisse), Heineken (Pays-Bas), Adidas (Allemagne, Ikea (Suède), etc. De nouveaux acteurs sont aussi apparus comme le Sud-Coréen Daewoo ou la coopérative belge Swift “qui permet aux dictateurs birmans d’effectuer des transactions financières et d’en tirer profit”, déplorent les ONG. “Nous ne demandons pas en tant que tel un improbable retrait de toutes les entreprises qui investissent en Birmanie. Nous savons qu’il sera impossible de coordonner le retrait simultané de tous les intérêts étrangers et qu’un retrait partiel nourrirait les intérêts de ceux qui auront pu se maintenir, et ce faisant, n’aurait pour effet que de déplacer le problème sans le résoudre”, souligne Pierre-Yves Gillet d’”Actions Birmanie”. Pas simple, effectivement.
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