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République tchèque

Pas de radar : les Tchèques divisés

Christine Dupré

Mis en ligne le 21/09/2009

L'abandon du projet de bouclier par Washington diversement accueilli.

Dans la nuit de jeudi à vendredi dernier, le Premier ministre tchèque par interim, Jan Fischer, a été informé par le président Barack Obama de l’abandon par les Américains du projet de déploiement d’un radar géant antimissiles dans une forêt de Bohème. Fischer, qui assume les fonctions de chef du gouvernement depuis la chute du gouvernement de droite pro-américain de Mirek Topolanek au printemps dernier, s’est borné à affirmer qu’ "il s’y attendait" .

Mirek Topolanek, qui avait négocié avec l’administration Bush cette participation tchèque au bouclier antimissiles destiné officiellement à protéger les pays d’Europe centrale d’une attaque de l’Iran ou de la Corée du Nord, s’est déclaré "déçu" . Des membres de son parti ont même parlé de la "lâcheté" d’Obama. La plupart des journaux qui leur sont proches ont évoqué "une victoire de la Russie" (hostile à ce projet de bouclier antimissiles si près de sa frontière, NdlR).

En revanche, le principal parti d’opposition, les sociaux-démocrates, bien placés pour remporter les législatives de l’an prochain, ont salué l’abandon d’un projet qu’ils avaient toujours contesté. Mais le "Stop" d’Obama a surtout été une occasion de réjouissances pour la société civile tchèque. Depuis trois ans, des élus locaux de la région concernée, des scientifiques et des villageois inquiets de l’impact des ondes du radar sur la santé des populations, des étudiants, des Verts manifestaient et pétitionnaient par tous les temps pour exiger la tenue d’un referendum sur l’implantation du radar. Ceci dans un pays où plus de 75 % des citoyens étaient opposés à l’installation d’une nouvelle base militaire étrangère à Brdy, sur les lieux même d’une ancienne base soviétique. Ils ne se sentaient menacés par personne, mais craignaient de devenir des cibles, justement en cas de conflit entre les USA et les pays de "l’axe du mal" . Des jeunes gens comme Jan Majicek, étudiant en philosophie, porte-parole et cheville ouvrière du mouvement antiradar "ne voyaient pas de raison de créer des tensions avec la Russie", et discernaient une volonté de l’équipe Bush d’empêcher la construction d’une défense européenne en intégrant les pays d’Europe centrale à l’espace militaire américain.

Jan Majicek et ses amis n’ont pas obtenu leur referendum du gouvernement Topolanek. Mais l’ampleur et la durée de leur mobilisation ont très certainement contribué à faire traîner les pieds aux députés tchèques qui, dans le contexte d’un gouvernement divisé sur la question et, au mieux, faiblement majoritaire, devaient ratifier l’accord signé avec les Américains. Les choses traînèrent tant qu’Obama eut le temps d’arriver et d’en finir avec le projet.

Vaclav Havel, l’ancien président très favorable au radar comme moyen politique d’assurer à son pays, en toutes circonstances, une protection militaire américaine, a fustigé "la versatilité, l’inconséquence de la classe politique tchèque" , qui aurait dissuadé le chef de la Maison-Blanche d’engager plus avant son pays dans la Bohème. L’ancien prisonnier politique du régime communiste, à l’éthique incontestable, se montre peut-être cette fois mauvais perdant, et surtout décalé de la nouvelle génération. Il se réfère toujours à l’aide que les Etats-Unis apportèrent à l’ancienne dissidence et à leur participation à l’effondrement du mur de Berlin.

Jan Majicek a, lui, le même profil que les étudiants tchèques qui, en 1989, contribuèrent à la chute du communisme. Il n’y voit rien de bizarre : "Etre né sous le communisme n’implique pas de se rallier à toutes les folies de l’équipe Bush" , déclare ce jeune homme qui ne se considère pas antiaméricain et rejette les accusations de ceux qui affirment que le mouvement antiradar a été financé par la Russie.

Des accusations jugées sans fondement par le politologue Jiri Pehe, ancien conseiller de Havel. Pour d’autres observateurs, la décision d’Obama a permis aux Tchèques d’éviter le pire : le ridicule absolu d’un rejet par l’Assemblée d’un accord de défense international signé par le gouvernement. Jan Majicek, lui, croit dur comme fer qu’après le renoncement d’Obama, les gouvernements d’Europe centrale vont se détacher des Américains. "Tout le monde va comprendre dit-il, que pour nous protéger, il faut une défense européenne."

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