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Diplomatie
Foire d’empoigne à New York
Philippe Paquet, envoyé spécial à New York
Mis en ligne le 22/09/2009
Trois ministres belges - Yves Leterme, Affaires étrangères; Charles Michel, Coopération au développement; et Paul Magnette, Climat et Energie - sont à New York cette semaine pour participer à une foire d’empoigne diplomatique comme on en a rarement connu.
Outre la traditionnelle Assemblée générale annuelle des Nations unies qui s’ouvrira mercredi, des délégations du monde entier sont réunies à un niveau sans précédent, ce mardi, pour un sommet sur le climat qui pourrait être celui de la dernière chance, à moins de trois mois d’une Conférence de Copenhague que d’aucuns croient vouée à l’échec. Et, pour couronner le tout, chefs d’Etat et de gouvernement sont attendus à Pittsburgh, en Pennsylvanie, pour une réunion du G20, les 24 et 25 septembre.
Pour le nouveau ministre belge des Affaires étrangères, Yves Leterme, c’est le baptême du feu. Contrairement à Louis Michel, qui avait découvert New York, l’Amérique, l’Onu et le monde en prenant les rênes de notre diplomatie en 1999, l’ancien ministre-président de la Région flamande a déjà une certaine expérience internationale et il a consciencieusement étudié ses dossiers; il peut aussi compter sur l’expertise unique d’un vétéran, son chef de cabinet, l’ambassadeur Frans van Daele.
Après avoir pris la température de l’eau à bord d’un bateau -taxi qui l’a mené jusqu’à la statue de la Liberté lundi matin, il va réellement se frotter au métier dans les prochains jours en multipliant les rencontres bilatérales avec de nombreux collègues (africains surtout, mais pas seulement) et en siégeant dans des forums multilatéraux.
L’Assemblée générale de l’Onu revêt un caractère plutôt exceptionnel, cette année, puisque la présidence tournante en est confiée à la Libye. Le président Mouammar Kadhafi devrait ainsi prendre la parole immédiatement après Barack Obama lors de la session d’ouverture solennelle, mercredi matin, et pour le chef de la révolution libyenne, ce sera une consécration supplémentaire, confirmant le retour en grâce d’un ex-Etat terroriste, impliqué dans plusieurs attentats dont celui perpétré contre un avion de la compagnie américaine Pan Am au-dessus de Lockerbie en 1988. Les présidents Nicolas Sarkozy et Hu Jintao s’exprimeront eux aussi mercredi devant l’Assemblée. Ce sera la première fois qu’un chef d’Etat chinois pose ce geste et la démarche est remarquée à New York.
On espère ici que la venue de M. Hu traduise aussi la volonté de la Chine de s’engager plus résolument dans la lutte contre le réchauffement climatique à la faveur du sommet que les Nations unies parrainent ce mardi. Chine et Etats-Unis représentent, à eux deux, quelque 40 % des émissions de gaz à effet de serre. Or, chacune des deux puissances exigeant que l’autre fasse le premier pas, les négociations destinées à se projeter dans l’après-Kyoto (le protocole expire en 2012) se sont enlisées, des pays émergents tels que l’Inde renâclant par ailleurs à consentir des sacrifices qui hypothéqueraient leur développement.
Le seul espoir de ne pas voir la Conférence de Copenhague accoucher d’une souris, à la mi-décembre, réside dans une approche chinoise plus volontaire et dans une concrétisation des promesses électorales de Barack Obama, lequel s’était engagé à faire mieux que George W. Bush sur le chapitre de l’environnement.
Le hic, c’est que les Américains ont manifestement la tête ailleurs. Leur président est empêtré dans la réforme du système de santé et consacre une grande partie de son temps et de son énergie à convaincre ses concitoyens qu’octroyer une assurance-maladie aux plus démunis d’entre eux ne revient pas à introduire en Amérique "le socialisme irresponsable des Européens".
La détérioration de la situation en Afghanistan est un autre sujet de préoccupation majeur, à plus forte raison que des accusations de fraude massive sont en train de démonétiser l’allié de Washington à Kaboul, le président sortant Hamid Karzaï. Or, toute la stratégie de la Maison-Blanche repose sur un transfert aussi rapide que possible des responsabilités à un gouvernement afghan crédible. Et celui-ci semble moins que jamais se profiler à l’horizon.
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