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20 ans après la chute du mur de Berlin (5/7)

Le tremplin d’Angela

Vincent Braun

Mis en ligne le 05/11/2009

Fort de son cachet médiéval, la petite cité de Stralsund, installée sur le rivage de la mer Baltique, mise tout sur le tourisme. Comme partout dans cette région nord-est du pays, non loin de la frontière polonaise.
Reportage Envoyé spécial à Stralsund

Au fur et à mesure que le train progresse vers Rostock et au-delà dans le nord-est de l’Allemagne, la campagne du Land de Mecklembourg-Poméranie occidentale déploie son tapis d’herbes hautes et ses bois épars. Un paysage doucement valonné qui, par endroits, fait penser aux Fagnes. A Bützow, de nombreux immeubles et maisons de briques de toutes tailles sont abandonnés. Une grande demeure de style aux petits carreaux presque opaques et brisés - quand ils subsistent - et au toit manquant semble implorer le ciel de lui accorder une charpente et des tuiles. Plus loin, un pavillon où certaines fenêtres dépourvues de chambranle laissent apercevoir des murs de béton lisse, donnant l’impression que l’on n’y a jamais vraiment habité, que l’on n’y a jamais achevé le gros-œuvre. Visiblement, les villages de la région paient le tribu de la ruralité doublé de l’exode. Depuis la réunification, une part non négligeable de la population est-allemande a émigré vers l’ouest à la recherche d’une meilleure situation. L’ancien rideau de fer, il est vrai, passait non loin d’ici.

Comme surgies de nulle part, une clôture de grandes éoliennes rafraichissent un air qui n’en a pas vraiment besoin. A Blankenberg, l’architecture de la gare est austère comme un immeuble de style soviétique. A Schwaan, une grande gare du début XXe siècle a encore fière allure avec ses portes-fenêtres qui se succèdent sur toute la longueur du bâtiment. Autour, l’habitat est serré, les bâtisses modestes, qu’égaillent des couleurs pastel. Là, des ouvriers posent un nouveau toit sur une villa de taille moyenne.

Dans ce Land très rural, qui fait frontière avec la Poméranie polonaise, les autorités se sont résolument tournées vers le tourisme pour développer l’économie. Au contraire des Länder du sud, particulièrement la Saxe et la Thuringe, où l’on a davantage mis l’accent sur le reconversion industrielle. Il est vrai qu’ici, on dispose d’un maître-atout, la mer Baltique - Ostsee (la mer de l’Est), comme disent les Allemands. Un estimable patrimoine naturel qui, à moins de deux cents kilomètres de Berlin, se conjugue parfois à un riche patrimoine culturel. C’est le cas à Stralsund, une petite cité portuaire de 60 000 habitants, qui a su préserver son cachet médiéval depuis sa fondation en 1234. Deuxième cité de la Ligue hanséatique par son importance, après Lübeck, Stralsund a connu un glorieux développement commercial grâce à sa puissante flotte.

Aujourd’hui ses pêcheries sont en déclin. Et Stralsund mise tout sur le tourisme. Les nombreux travaux de rénovation de ses rues, de ses larges maisons colorées à frontons arrondis, de ses églises gothiques, attestent sa volonté de maintenir et de mettre en valeur ses nombreuses richesses. Ceux-ci lui sont aussi dictés par la récente tutelle de l’Unesco, son centre historique ayant intégré en 2002 la prestigieuse Liste du patrimoine mondial de l’humanité.

"Depuis dix ans, il y a nettement plus de touristes et ce nouveau statut n’a fait qu’accroître cette tendance. De nombreuses maisons et appartements ont d’ailleurs été construits pour le marché des résidences de vacances", relève Andrea Herrmann, la conseillère du bureau de tourisme local. Stralsund, avec son centre-ville isolé sur une presqu’île, fait même partie des onze villes modèles du pays qui reçoivent des subsides du gouvernement fédéral et du Land pour rénover leurs infrastructures et renforcer leur attractivité. Stralsund s’est ainsi récemment occupée de son théâtre municipal et de l’autoroute venant de Rostock. Des ouvrages que la chancelière Angela Merkel se fait un devoir de venir inaugurer les uns après les autres, Stralsund étant la circonscrition électorale de la chef du gouvernement fédéral. Son bureau local, situé non loin de l’Alter Markt, la grand-place ancienne, a pris le parti de ne plus remplacer la plaque murale signalant le lieu, celle-ci étant manifestement devenue un objet culte pour certains habitants de la petite ville côtière...

Mais, en dépit de son centre historique classé, de son splendide Ozeanum (un centre océanographique à l’architecture avant-gardiste ouvert à l’été 2008), de ses petites boutiques cossues au look parfois très contemporain, Stralsund est aujourd’hui davantage un tremplin vers l’île de Rügen. Témoin (et acteur) de cette évolution, l’élégant viaduc routier haubanné construit il y a deux ans pour faciliter le ralliement de la plus grande île d’Allemagne, destination privilégiée des Berlinois, tout comme sa voisine Usedom. "Jusqu’alors, il n’y avait que le pont ferroviaire datant des années 30, mais comme le flux touristique s’est intensifié ces dix dernières années, l’accès à l’île pâtissait de plus en plus des opérations de levage de du pont mécanique nécessaires au trafic des bateaux se rendant au port", pointe Andrea Herrmann. Au moins le viaduc bombe-t-il suffisamment le dos pour laisser passer les navires de pêche ou de croisière, qu’ils se dirigent vers le port ou vers les nouveaux chantiers navals qui dressent leur imposante "boîte" bleu ciel à deux encablures de là.

Ce couple de touristes originaires de Wolfsburg (à 150 kilomètres à l’ouest de Berlin) confirment le statut de ville de passage de Stralsund. "Nous avons passé une semaine à faire le tour de Rügen et nous sommes ici pour deux jours", nous dit Ulrich. Une durée de séjour qui correspond aux statistiques: la moyenne des nuitées à Stralsund est de 2,2 dans les hôtels d’au moins huit chambres. Après les visites culturelles, les touristes préfèrent toujours aller respirer l’air du large et profiter des bienfaits de l’eau chaude des bains - mais froide de la Baltique - dans l’une des nombreuses stations balnéaires que compte Rügen, toutes concentrées sur la côte est de l’île géante (soixante kilomètres sur quarante).

Cette "Riviera" baltique a connu un beau développement dès le début du siècle dernier, comme l’attestent les immeubles Belle époque qui garnissent le front de mer. Parmi les stations en vue, Binz est la plus chic. Son l’immense plage de sable fin et la promenade le long du front de mer coloré, lui valent le surnom de Deauville allemand. C’est ici que les Berlinois les plus fortunés viennent en week-end.

Ulrich connaît bien Rügen. Il l’avait découverte lors d’un séminaire d’étude que son employeur (Volkswagen) accorde à ses employés. Il avait alors visiter son imposante forêt et ses impresionnantes falaises de calcaire blanc qui bordent son littoral. "Puis, nous étions venu y naviguer durant quelques années. Cette fois, nous avons profité d’un congé pour la visiter de l’intérieur. Et on peut rouler longtemps sur Rügen sans se rendre compte que l’on se trouve sur un île", explique Ulrich. "C’est un lieu idéal pour les loisirs et la randonnée en particulier", ajoute sa femme, fervente collectionneuse de galets, "particulièrement ceux avec un trou au centre".

Rügen, ils en ont fait le tour. Sans doute y reviendront-ils. En faisant peut-être encore étape à Stralsund. Les pêcheurs, qui lancent leur ligne depuis les quais qui jouxtent la Hafenstrasse, juste devant l’Ozeanum, s’en moquent comme de leur premier poisson. Comme de la nuit froide qui tombe très vite, dès dix-sept heures, en ces derniers jours d’octobre.

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