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20 ans après la chute du Mur de Berlin (7/7)
Un exode continu et ininterrompu
Vincent Braun
Mis en ligne le 07/11/2009
Des maisons à ciel ouvert. Aux vitres blafardes, brisées. Aux façades décrépies. Aux ouvertures placardées de bois. Ces chancres en tout genre, ils sont nombreux, vingt ans après la chute du Mur, à parsemer les villes et villages de l’ex-République démocratique allemande (RDA). Comme autant de plaies, toujours béantes, même pas coagulées, provoquées par l’exode massif de la population est-allemande vers la partie Ouest. "Cette migration interne touche une immense majorité des communes dans l’est du pays. On estime qu’au moins 1,7 million de personnes ont quitté l’Allemagne de l’Est pour l’Ouest depuis novembre 1989. Si l’on ajoute une croissance naturelle négative de la population (puisqu’il y a davantage de décès que de naissances), le territoire de l’ancienne RDA a perdu environ 15% de sa population", rappelle Steffen Kröhnert, sociologue à l’Institut de Berlin pour la population et le développement, un organisme de recherche qui étudie les changements démographiques internationaux dans une perspective de développement durable. "Certaines villes, comme Hoyerswerda en Saxe, se sont vidées de plus d’un tiers de ses habitants. Les seuls accroissements de population ont été constatés dans les cantons et les communes des environs de quelques villes, telles que Dresde, Rostock, Halle et Berlin", ajoute le sociologue.
Sur les quelque 17 millions d’habitants que comptait la RDA fin 1989 (contre 62 millions pour la RFA), il en reste donc à peine une quinzaine de millions, alors que la population de l’Ouest dépasse les 67 millions, à la faveur d’un autre exode, celui de quatre millions d’ "Aussiedlers" (rapatriés), soit ces Russes, Polonais, Roumains, Hongrois d’origine allemande et revenus suite aux événements.
Parmi les motivations qui poussent ces habitants à se tourner vers l’Ouest, on peut citer la quête de meilleures conditions de vie, la recherche d’un bon travail, un simple espoir, quelque part ailleurs, pourvu que ce soit loin des restructurations. "Cette migration interne est le fait de la désindustrialisation et des changements structurels qui se sont produits en ex-Allemagne de l’Est, pointe Steffen Kröhnert. Entre 1991 et 2005, les régions de l’Est ont continuellement perdu des emplois, plus d’1,2 million au total, au profit de l’Ouest, où le revenu moyen est de 20 % plus élevé qu’à l’Est."
A l’Est, il y aurait toujours un certain fatalisme, voire un défaitisme chez les jeunes, qui apparaissent désespérés (tröstlos). Et cette idée que l’Ouest reste plus attrayant, avec de meilleures conditions de vie, des opportunités plus nombreuses dans les bassins d’emploi. Mais si ce sont généralement les jeunes diplômés qui partent à la recherche d’un avenir plus radieux, ce sont davantage les femmes qui partent tenter leur chance à l’Ouest. "Grâce aux recherches que nous avons menées dans des zones périphériques rurales, nous avons appris que les jeunes femmes font mieux face aux énormes changements économiques et sociaux que les hommes. Dans les zones rurales d’ex-Allemagne de l’Est, nous avons constaté une très grande différence de niveau d’instruction entre hommes et femmes. Tandis que les jeunes hommes sont à la traîne, peu instruits et sans emploi, les jeunes femmes ont tendance à aspirer à un meilleur niveau d’instruction. Ce sont donc davantage les femmes qui quittent ces zones périphériques." Du coup, les six Länder de l’Est continuent à se vider d’une partie non négligeable de leur population. Ces dernières années, le solde migratoire (la différence entre la population qui arrive et qui part) est toujours défavorable à l’Est, se maintenant autour des 50 000 personnes par an.
Mais, selon Steffen Kröhnert, il n’y a pas d’initiative réelle pour tenter d’enrayer le phénomène en cours. "Aucune mesure spéciale n’a été prise. Depuis vingt ans, les hommes politiques se concentrent principalement sur l’investissement dans les infrastructures et l’industrie, dans l’espoir de stimuler le développement de la partie Est du pays. Jusqu’ici, cela n’a pas été suffisant pour stopper le flux migratoire vers l’Ouest."
Ce déclin de la population s’accompagne évidemment de nombreux problèmes. Le départ des plus jeunes provoque à la fois un vieillissement de la population et une chute de natalité. "Il y a d’énormes problèmes avec les infrastructures. Outre les immeubles et les maisons vides et délabrées qui doivent être abattus, des lignes de bus, des petits magasins, des bureaux de poste ont dû être fermés, faute de clientèle. Les contrées rurales manquent de médecins, puisque les diplômés préfèrent aller à l’Ouest où ils vont gagner davantage."
Un autre danger se profile. Dans les prochaines années, les jeunes de la génération "moitié", appelée ainsi en raison du taux de natalité réduit de moitié lors de leur venue au monde durant les années 90, vont arriver à l’université et sur le marché de l’emploi. Et, selon Steffen Kröhnert, l’économie est-allemande risque de se retrouver alors face à une pénurie de main-d’œuvre qualifiée. A un moment où, les infrastructures ayant été largement rénovées, celle-ci en aura le plus besoin.
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